DISPOSITIF ET MÉTHODE DE SIMBLEAUTAGE
Objet de l'invention
[0001] La présente invention se rapporte à une méthode et à un dispositif d'alignement de la ligne de visée avec la ligne de feu, communément appelé dispositif de simbleautage, pour des systèmes d'armes préférentiellement de gros calibre (75 mm à 140 mm).
Arrière-plan technolofiique et état de la technique
[0002] Sur un système d'armes, un désalignement entre la ligne de feu et la ligne de visée est préjudiciable pour atteindre avec précision une cible. I l y a deux principales sources de désalignement. Une première source de désalignement est la déformation physique du canon, appelée communément flèche, qui apparaît naturellement et inévitablement, aussi bien horizontalement que verticalement, suite au poids relativement élevé du canon ainsi qu'aux conditions extérieures (pluie, vent, ensoleillement, ...). Cette déformation entraîne une erreur de parallélisme entre la ligne de feu issue du fourreau du canon et la ligne de feu émanant de la bouche du canon. Une seconde source de désalignement sont les chocs et vibrations subis lors du roulage et des tirs qui entraînent une dérive par rapport à l'alignement préalablement calibré.
[0003] I l existe différents dispositifs pour aligner la ligne de feu avec la ligne de visée ou, en d'autres mots, simbleauter (boresighting en anglais) un système d'armes.
[0004] I l y a les techniques classiques de simbleautage où le dispositif repose sur la coopération entre deux opérateurs, le premier étant localisé da ns la tourelle alors que le second, à l'extérieur de celle-ci, se tient près de la bouche du ca non. Le principe est basé sur un collimateur optique et décrit dans le document US 1 994 177. Le collimateur
est placé à l'intérieur du tube du canon par le second opérateur et donne au premier opérateur une vue alignée avec la ligne de feu. En d'autres mots, le second opérateur indique au premier opérateur la manière avec laquelle il est nécessaire de déplacer le canon afin qu'il puisse voir à la lunette comment est positionnée la cible de référence. Un désavantage majeur de ce dispositif est qu'il nécessite deux opérateurs, dont un hors du véhicule, c.à.d. directement exposé à une menace extérieure. En outre, il nécessite une échelle pour que le second opérateur puisse atteindre le frein de bouche.
[0005] Il existe également des dispositifs de type "Muzzle Référence System" (MRS). Ces dispositifs décrits entre autres dans le document US 4 665 795 sont en général constitués d'un émetteur-récepteur laser situé à la base du canon et d'un miroir placé au niveau de la bouche du canon. L'émetteur envoie un rayon laser infrarouge vers le miroir qui est ensuite réfléchi vers le récepteur. En fonction de la position du laser reçue par le récepteur, un équipement électronique permet de calculer automatiquement des corrections en azimut et en élévation qui sont ensuite ajoutées aux corrections balistiques au niveau du système de contrôle de tir. Un désavantage de ces dispositifs est que la stabilité mécanique du miroir est très complexe à assurer. En outre, la détection de l'arcure du canon via des mesures de laser peut rendre le système détectable par l'ennemi. Ensuite, même si les dispositifs de type MRS permettent de corriger les variations de l'arcure du canon, un alignement initial reste nécessaire.
[0006] De même, le document FR 2 505 477 divulgue un dispositif de simbleautage qui comporte sur le canon une cible de déflection formée d'un miroir sur lequel est projeté un réticule, un boîtier comportant des optiques et un détecteur d'images qui sont, d'une part, l'image réfléchie du réticule et, d'autre part, en présence d'un filtre, l'image réfléchie d'un objet lointain. C'est à nouveau un système vulnérable à l'usure, peu stable avec à la longue un risque de dégradation de la précision des optiques.
[0007] On peut citer d'autres dispositifs moins répandus.
[0008] Le document EP 1 510 775 décrit un dispositif avec une caméra possédant deux niveaux de mise au point. Cette caméra est insérée dans la chambre du canon lors des opérations de simbleautage. Une première mise au point au niveau de la bouche du canon permet d'estimer sa déviation angulaire (X,Y). Une seconde mise au point réglée à l'infini permet d'observer un objet situé à une distance éloignée et donc de ramener
la vue des optiques sur la même référence. Le simbleautage est réalisé en combinant ces deux opérations.
[0009] Le document EP 1 616 145 divulgue un dispositif de simbleautage effectué par un seul opérateur situé à l'intérieur de la tourelle. Une caméra est poussée jusqu'à la bouche du canon depuis l'intérieur de ce dernier. Comme cette caméra est située au niveau de la bouche du canon, elle tient implicitement compte de l'arcure du canon.
[0010] Ces deux dispositifs présentent pour désavantage de devoir positionner une caméra à l'intérieur du canon. Dans le cas du document EP 1 616 145, le déploiement de la caméra est une procédure longue et fastidieuse, surtout si elle doit être réalisée par un opérateur unique situé en tourelle. En outre, il ne peut pas être garanti que l'orientation de la caméra poussée jusqu'à la bouche sera systématiquement la même à chaque opération de simbleautage.
Buts de l'invention
[0011] La présente invention a pour objectif de fournir un dispositif et une méthode de simbleautage qui ne nécessitent qu'un seul opérateur situé à l'intérieur de la tourelle.
[0012] Elle vise en outre à développer un dispositif ne nécessitant pas de système optique à l'intérieur du canon. Elle vise ainsi à développer un dispositif qui soit stable et précis.
[0013] Elle vise aussi à mettre au point une méthode de simbleautage qui soit rapide tout en étant répétable.
Brève description des fifiures
[0014] La présente invention sera mieux comprise à la lumière de la description qui suit, se référant, à titre d'exemple, aux Figures 1 à 3.
[0015] La Figure 1 représente schématiquement une tourelle munie du dispositif de simbleautage selon l'invention, en présence du fourreau, du canon et des optiques de visée ainsi que les axes optiques des deux caméras du dispositif de simbleautage.
[0016] La Figure 2 représente schématiquement les systèmes optiques à l'intérieur du boîtier selon l'invention.
[0017] La Figure 3 illustre le déplacement de la figure géométrique sur la cible de déflection suite à la déflection du canon.
Légende
(1) Tourelle
(2) Boîtier
(3) Cible de déflection
(4) Canon
(5) Fourreau
(6) Frein de bouche du canon
(7) Système optique muni de la caméra de déflection
(8) Système optique muni de la caméra de simbleautage
(9) Figure géométrique sur la cible de déflection
(10) Optique d'un système de visée de la tourelle
Principaux éléments caractéristiques de l'invention
[0018] La présente invention se rapporte à un dispositif de simbleautage pour équiper une tourelle munie d'un canon et d'un ou plusieurs système(s) de visée avec chacun une optique, ledit dispositif comprenant :
- une cible de déflection destinée à être positionnée à l'extérieur du canon, au niveau du frein de bouche dudit canon,
- un boîtier destiné à être positionné à l'extérieur du canon, au niveau du fourreau dudit canon, ledit boîtier comportant :
- un premier système optique muni d'une caméra de déflection, ledit premier système étant utilisé pour déterminer une erreur de parallélisme entre une ligne de feu issue du fourreau et celle issue du frein de bouche,
- un second système optique muni d'une caméra de simbleautage, ledit second système étant utilisé pour déterminer une erreur de parallélisme entre la ligne de feu issue du fourreau et une ligne optique du ou des système(s) de visée.
[0019] Selon des modes particuliers de l'invention, le dispositif comporte au moins une ou une combinaison appropriée des caractéristiques suivantes :
- chaque caméra a une mise au point fixe, la caméra de simbleautage ayant une mise au point réglée à l'infini et la caméra de déflection étant configurée pour avoir une mise au point réglée sur la cible de déflection ;
- la cible de déflection comporte une figure géométrique matérielle, ou en d'autres mots physique, quelconque servant de point de repère pour le premier système optique, ladite figure géométrique étant, de préférence, un cercle.
[0020] La présente invention se rapporte également à un système d'armes comprenant le dispositif de simbleautage tel que décrit ci-dessus, dans lequel le boîtier est positionné sur le fourreau du canon et ladite cible de déflection est positionnée à proximité ou sur le pourtour du frein de bouche du canon. En outre, dans ce système d'armes, la cible de déflection peut être rapportée ou intégrée au frein de bouche.
[0021] La présente invention se rapporte aussi au véhicule blindé muni de ce système d'armes.
[0022] La présente invention se rapporte également à une méthode de simbleautage à l'aide du dispositif décrit ci-dessus, ladite méthode comportant les étapes suivantes :
- Calcul du déplacement ΔΧ et ΔΥ de la figure géométrique par rapport à une position de référence de ladite figure, ledit calcul s'effectuant sur base du traitement d'images provenant de la caméra de déflection, l'erreur de parallélisme entre la ligne de feu issue du fourreau et celle issue du frein de bouche étant ensuite déterminée par le biais d'un modèle mathématique sur base des valeurs ΔΧ et ΔΥ calculées,
- Comparaison d'une image prise par la caméra de simbleautage avec une image prise par une optique du ou des système(s) de visée afin de déterminer l'erreur de parallélisme entre la ligne de feu issue du fourreau et la ligne optique du ou des système(s) de visée,
- Cumul des deux erreurs de parallélisme et déplacement en conséquence de ladite ligne optique.
[0023] Selon des modes particuliers de l'invention, la méthode comporte au moins une ou une combinaison appropriée des caractéristiques suivantes :
- le calcul de ΔΧ et ΔΥ s'effectue à l'aide d'un algorithme se basant sur une détection de contours selon la méthode de Canny et à l'aide d'une transformée de Hough ;
- la position de référence de la figure géométrique est calculée lors d'une calibration suivant une installation du dispositif de simbleautage sur un système d'armes ;
- la calibration est réalisée à l'aide d'une lunette de bouche, ladite calibration comprenant une étape d'alignement d'une position d'un réticule de la caméra de simbleautage avec un point observé au travers de la lunette de bouche ;
- après l'étape de calcul de l'erreur de parallélisme entre la ligne de feu issue du fourreau et celle issue du frein de bouche, le réticule de la caméra de simbleautage est déplacé d'un même angle selon les coordonnées X et Y ;
- la méthode peut être mise en œuvre en pleine mission.
[0024] Pour finir, la présente invention se rapporte à un programme d'ordinateur adapté pour mettre en œuvre la méthode décrite ci-dessus et au moyen d'enregistrement des données lisibles par ordinateur comprenant ce programme.
Description détaillée de l'invention
[0025] La présente invention se rapporte à un dispositif de simbleautage et à la méthode mise en œuvre à l'aide dudit dispositif. Le dispositif selon l'invention est destiné préférentiellement à des systèmes d'armes de gros calibre (75 mm à 140 mm). Il pourrait néanmoins être utilisé pour des systèmes d'armes de petit et/ou moyen calibre moyennant certains aménagements liés à l'encombrement stérique au niveau des armements associés auxdits calibres.
[0026] Le dispositif de simbleautage selon l'invention est représenté à la Figure 1 sur une tourelle 1. Le dispositif se présente en deux parties positionnées à des endroits distincts. Il comporte, d'une part, un boîtier 2 et, d'autre part, une cible de déflection 3. Le boîtier 2 est positionné à l'extérieur du canon 4 et, de préférence, monté sur le fourreau 5 du canon 4. Le boîtier 2, visible plus en détail à la Figure 2, comporte deux systèmes optiques 7,8 munis chacun d'une caméra. Une première caméra 7, dite de déflection, a pour objet de corriger le désalignement résultant de la déflection du canon, c.à.d. le désalignement entre la ligne de feu issue du fourreau et celle issue de la bouche du canon. Une seconde caméra 8, dite de simbleautage, a pour objet de corriger le désalignement entre la ligne de feu issue du fourreau du canon et l'axe optique du système de visée. Dans le boîtier, les deux caméras sont montées en un seul bloc. Les
caméras de simbleautage et de déflection ont pour caractéristique d'avoir une mise au point fixe respectivement à l'infini et au niveau du frein de bouche comme illustré à la Figure 1. Le montage en un seul bloc avec une mise au point fixe pour chaque caméra présente comme avantage qu'aucune pièce mobile n'est requise dans le boîtier, ce qui permet d'assurer sa stabilité mécanique par rapport aux chocs et vibrations liés aux tirs. En outre, le design du boîtier est conçu de manière athermique afin que la position de l'axe optique des caméras ne soit pas sensible aux variations de température. En plus du boîtier, le dispositif comporte la cible de déflection 3 qui est localisée au niveau du frein de bouche 6, c.à.d. à l'extrémité du canon d'où sort la munition. Cette cible de déflection 3 peut être soit une pièce supplémentaire qui vient se placer au niveau de la fixation du frein de bouche, soit elle peut être directement intégrée sur le pourtour de celui-ci. Cette dernière alternative est privilégiée pour garantir la stabilité mécanique du dispositif. La cible de déflection est munie d'une figure géométrique quelconque qui sert de point de repère pour le système optique 7. Cette figure est bien matérielle sur la cible, c.à.d. qu'elle est intégrée sur la cible. En d'autres mots, il ne s'agit pas d'une figure projetée sur un miroir faisant office de cible de déflection.
[0027] La méthode de simbleautage selon l'invention prend en compte les deux causes de désalignement mentionnées plus haut, à savoir la déflection du canon et la dérive entre la ligne de feu et la ligne de visée suite aux chocs entraînés par l'utilisation du véhicule et de son système d'armes.
[0028] Pour ce faire, la méthode repose sur trois étapes.
[0029] Dans une première étape, le système optique muni de la caméra de déflection est utilisé pour déterminer l'erreur de parallélisme entre la ligne de feu issue du fourreau et celle issue du frein de bouche. Plus précisément, le premier système optique 7 du boîtier détecte la position de la cible de déflection via un traitement d'images tel que le système peut déduire verticalement et horizontalement la flèche du canon par rapport à une position de référence obtenue lors de la calibration du dispositif. Le déplacement en X et en Y, à savoir le delta X (ΔΧ) et le delta Y (ΔΥ), se calcule par rapport à une référence matérialisée par la figure géométrique qui est, de préférence, un cercle 9 sur la cible de déflection 3 (voir Figure 3). Il est possible de considérer d'autres formes géométriques en ayant préalablement apporté quelques
modifications spécifiques au niveau des algorithmes utilisés. On calcule ainsi un ΔΧ et un ΔΥ par rapport à la position de départ du centre du cercle. Par le biais d'un modèle mathématique, le système en déduit l'erreur de parallélisme entre la ligne de feu au niveau du fourreau et la ligne de feu au niveau du frein de bouche. L'algorithme utilisé pour détecter la figure géométrique se base sur une détection de contours selon la méthode de Canny. Une transformée de Hough permet d'obtenir une première estimation de la position du cercle de référence. Ensuite, un algorithme permet de raffiner les résultats obtenus au niveau sous-pixel.
[0030] Dans une deuxième étape, le système optique muni de la caméra de simbleautage est utilisé pour déterminer l'erreur de parallélisme entre la ligne de feu au niveau du fourreau et la ligne de visée. La caméra dont l'axe est parallèle à la ligne de feu au niveau du fourreau et dont la mise au point est réglée à l'infini procure une image d'un objet lointain qui est directement comparée à celle fournie par la ou les optique(s) 10 du ou des système(s) de visée de la tourelle (Figure 1). Il est ainsi possible de déduire l'erreur de parallélisme entre la ligne de feu au niveau du fourreau et la ligne optique du ou des système(s) de visée.
[0031] Dans une troisième étape, les deux erreurs de parallélisme sont cumulées et directement envoyées au(x) système(s) de visée de la tourelle.
[0032] Préalablement à ces étapes, le dispositif doit être calibré. Cette calibration est effectuée lorsque le boîtier et la cible sont montés sur la tourelle. Par la suite, aucune nouvelle calibration n'est requise tant que le boîtier et la cible de déflection ne sont pas déplacés. La calibration est réalisée à partir d'une lunette de bouche conventionnelle. Cette calibration consiste à aligner la position du réticule dans la caméra de simbleautage avec le point observé par la lunette de bouche. Cette opération est réalisée par un des occupants de la tourelle par l'intermédiaire de ses écrans de contrôle. Lorsque cet alignement est atteint, la position de référence de la figure géométrique est calculée et mémorisée par le dispositif. Lors des simbleautages subséquents, le dispositif mesure à la première étape le déplacement de la figure géométrique par rapport à celle obtenue lors de la calibration. Cette différence est ensuite reportée dans la caméra de simbleautage en y déplaçant la position de son réticule.
Avantages de l'invention
[0033] La précision du simbleautage en présence du dispositif selon l'invention est équivalente à celle rencontrée avec les dispositifs de l'art antérieur mais sans les inconvénients.
[0034] Ainsi, le simbleautage est réalisé par un seul opérateur situé à l'intérieur de la tourelle, sans déployer un quelconque outil. Il n'y a donc pas de manipulation lourde et de facto lente. Cette absence de manipulation garantit également une meilleure répétabilité des mesures. En outre, cela permet d'effectuer le simbleautage en pleine mission.
[0035] Selon l'invention, la cible de déflection et sa figure géométrique sont bien matérielles. Il ne s'agit pas d'un miroir sur lequel est projeté un réticule. Ainsi, le dispositif selon l'invention ne nécessite pas de couches de miroirs qui entraînent des risques de désynchronisation et requièrent des calibrations systématiques.