ALIMENT SEC POUR CONTROLER LA SURCHARGE PONDERALE ET
L'OBESITE DES CHIENS
La présente invention se rapporte à des aliments secs pour chiens destinés à contrôler leur surcharge pondérale et leur obésité.
L'espèce canine comprend des centaines de races dont les « standards » sont bien définis. Ainsi le poids « idéal ou optimal » d'un chien est un critère important bien connu des éleveurs et des vétérinaires.
Cependant, la prévalence de la surcharge pondérale et de l'obésité atteint de 20 à 30 % des chiens des pays industrialisés.
On considère qu'un chien est obèse quand son poids dépasse son poids idéal de 15-20 %.
La simple pesée de l'animal est toutefois insuffisante pour évaluer l'obésité, car elle ne donne aucune indication sur sa composition corporelle. En effet, l'obésité est définie comme l'accumulation d'une quantité excessive de tissus adipeux corporels. Le poids augmente quand les tissus gras s'accumulent. Ainsi, l'excès de tissus adipeux corporels et la surcharge pondérale sont étroitement liés.
Quand la surcharge pondérale atteint ou dépasse 20-30 %, l'animal a de grands risques pathologiques. En clinique vétérinaire, les praticiens disposent de plusieurs méthodes pour déterminer la composition des masses de tissus gras et maigres des chiens, allant des plus simples aux plus sophistiquées :
- le « scoring de la condition corporelle » : le plus souvent de 1 à 5, 5 étant la note des chiens très obèses ; - les mesures morphométriques : le pourcentage de graisses corporelles peut être estimé par des équations ayant pour variables des mesures telles que la longueur des membres postérieurs, la longueur du corps, la circonférence pelvienne, la circonférence thoracique, et le poids ;
- les méthodes lourdes des laboratoires spécialisés : dilution isotopique (au deutérium par exemple), bio-impédance, DEXA (Dual Energy X-ray
Absorptiometry), etc...
Ces techniques d'évaluation de l'obésité et de la composition en tissus adipeux et maigres sont très utiles en médecine vétérinaire, car l'obésité peut entraîner de nombreux troubles pour la santé et la longévité des chiens : diabète, hypertension, maladies cardio-vasculaires, hypersensibilité aux anesthésiques, troubles locomoteurs, cancers, etc..., pour ne citer que les risques les plus fréquents.
L'obésité des chiens a pour origines deux causes souvent mises en accusation : leur sédentarité qui entraîne un manque d'exercices physiques, et leur alimentation.
A côté des rations ménagères souvent nutritionnellement mal équilibrées, les chiens reçoivent de plus en plus souvent des aliments industriels qui leurs apportent tous les nutriments recommandés par des nutritionnistes, dont les plus connus sont ceux du National Research Council (N.R.C.) des Etats Unis d'Amérique.
Les aliments industriels pour chiens se classent en deux grandes catégories : les aliments secs et les aliments humides. Il existe aussi une catégorie intermédiaire : les aliments semi-humides, mais leur production est peu importante. Ce sont les aliments secs qui ont la progression la plus importante du marché car ils sont pratiques à utiliser et faciles à conserver. Ils sont aussi plus faciles à formuler pour atteindre des équilibres nutritionnels recherchés. Ils sont enfin plus économiques que les aliments humides. On a proposé de nombreuses méthodes pour produire des aliments secs susceptibles de contrôler la surcharge pondérale et l'obésité des chiens.
Ainsi, The Association of American Feed Control Officiais (AAFCO) a recommandé des aliments secs pour chiens appelés « Light » ayant une énergie métabolisable maximale de 3 100 kcal/kg, et des aliments « Lean » contenant au maximum 10% de matières grasses.
D'autres aliments secs anti-obésité contiennent des taux de fibres élevés.
S. S. Hannah (Proc. 16lh American Collège of Veterinary Internai Medicine Forum, San Diego, California, USA, 1998, p. 714, et Proc. Purina Nutrition Forum, Saint Louis, Missouri, USA, 1998, pp.1-5) a montré que, quand 39% des calories métabolisables sont apportés sous forme de protéines, les pertes de graisses corporelles des chiens sont plus importantes que quand les protéines n'apportent que 20 ou 30% des calories. Les pertes de tissus maigres sont aussi moins importantes avec 39% de calories d'origine protéique qu'avec 20 ou 30%.
Cependant, S. S. Hannah n'a pas indiqué les taux de protéines ni le niveau d'énergie métabolisable des aliments testés.
Les propositions pour des aliments secs destinés à la perte de poids des chiens obèses sont ainsi fort nombreuses, comme rapportées par une synthèse récente de W. J. Burkholder et P. W. Toll (Obesity, in : Small Animal Clinical Nutrition, Hand, Thatcher, Remillard, Roudebush, Ed. Mark Morris Institute, Topeka, Kansas, USA, 4Λ Edition, 2000, pρ.401-430) :
* : valeur fournie par le fabricant ou recalculée d'après N.R.C. 1974 (4 kcal / g de protéines et d'extractif non azoté et 9 kcal / g de matières grasses) ** : MS = matière sèche *** : recalculé par la demanderesse a : aliment considéré comme la référence, le plus prescrit par les vétérinaires.
Habituellement, il est conseillé par les vétérinaires de distribuer ces aliments anti-obésité en quantité suffisante pour faire perdre aux chiens entre 1 et 2% du poids par semaine, les pertes de poids plus importantes et plus rapides pouvant nuire à la santé des animaux.
Bien que les aliments proposés pour contrôler l'obésité soient si nombreux, la fréquence de chiens obèses augmente de plus en plus. En outre, on reproche souvent à ces aliments de faire perdre aux chiens obèses non seulement des tissus adipeux mais aussi trop de tissus maigres.
Il est donc nécessaire de formuler un nouvel aliment sec pour chiens, qui réponde en même temps aux critères de fabrication industrielle (préparation par les méthodes traditionnelles, bonne « tenue » des éléments unitaires), hypocalorie (afin
de garder un volume d'aliment suffisant pour l'animal pour qu'il ait une impression de satiété, en réduisant toutefois l'apport énergétique), complétude et équilibre d'un point de vue nutritionnel (présence d'acides gras essentiels et de minéraux et vitamines), utilisation dans un régime amaigrissant (perte de tissu gras plutôt que de tissu maigre chez l'animal).
La demanderesse a découvert qu'on peut faire maigrir les chiens obèses, en leur offrant un aliment sec présentant notamment un taux de protéines supérieur à 35 %, de préférence 37 %, de façon plus préférée 39 % de la matière sèche (en masse) et un apport de protéines supérieur à 110 grammes par 1000 (mille) kcal d'énergie métabolisable, de préférence supérieur à 120 g / 1000 kcal, de façon plus préférée supérieur à 130 g / 1000 kcal.
L'énergie métabolisable des aliments, qui est un paramètre bien connu de l'homme du métier, est définie comme la différence entre l'énergie brute d'une part, et l'énergie excrétée dans les fèces et les urines d'autre part. Elle peut être mesurée in vivo en mettant les chiens dans des « cages à métabolisme », ou calculée à partir des équations de régression, dont les plus connues sont celles du N.R.C.
Un tel aliment selon l'invention permet en effet de réduire principalement les tissus gras chez l'animal en maintenant les tissus maigres, ainsi que montré dans les exemples. Afin de répondre également aux autres critères énoncés ci-dessus, il est important que l'aliment selon l'invention possède un caractère hypocalorique, c'est- à-dire qu'il présente une énergie préférable inférieure à 3100 kcal/kg, selon les recommandations de l'AAFCO 2000 tel que défini dans ses règlements PF9 et PF10. Afin de réduire l'énergie apportée par l'aliment, il est intéressant d'augmenter la part des fibres dans la composition de l'aliment. Ainsi, le taux de fibres brutes de l'aliment selon l'invention, par rapport à sa composition totale, est de préférence supérieur ou égal à 10 % de façon plus préférée supérieur ou égal à 14%. Afin de pouvoir présenter un aliment sec qui ait une bonne « tenue », il est nécessaire d'ajouter un liant à l'aliment selon l'invention. On utilise généralement l'amidon, qui possède toutefois le désavantage d'être relativement riche en calories. Ainsi, afin de maintenir le bas niveau énergétique de l'aliment selon l'invention, il
est avantageux de réduire la quantité de liant apporté à l'aliment lors de sa fabrication.
Ainsi, le taux d'amidon de l'aliment selon l'invention, par rapport à sa composition totale, est de préférence inférieur à 20 %, de façon plus préférée inférieur ou égal à 15 %, 12 %, et de façon la plus préférée inférieur à 10 %.
L'aliment selon l'invention peut contenir d'autres matières premières, notamment :
- au moins une source de protéine animale, ou végétale, ou microbienne ou fongique, et - au moins une source de glucides lents ou rapides, et/ou
- au moins une source de matière grasse animale ou végétale. L'aliment selon l'invention contient aussi de façon préférée les éléments permettant d'apporter les nutriments nécessaires pour une alimentation équilibrée de l'animal. L'aliment contient ainsi de préférence des minéraux (de préférence en quantité supérieure à 5 %), ou des acides gras essentiels...
L'invention est aussi indépendante de la forme de présentation de l'aliment sec qui peut être une croquette extradée, un flocon, un granulé, un biscuit, la liste n'en est pas limitative.
La demanderesse a découvert que l'aliment de l'invention permet de contrôler la surcharge pondérale et l'obésité des chiens en leur faisant perdre du poids et des tissus adipeux, tout en ne perdant pas trop de tissus maigres. L'aliment est aussi utile pour accompagner les traitements des troubles générés par l'obésité des chiens.
Ainsi l'invention concerne également un aliment selon l'invention en tant qu'additif ou médicament vétérinaire, notamment pour le traitement des troubles de poids chez les chiens.
L'exemple non limitatif et non exhaustif suivant permet d'illustrer l'efficacité d'un aliment selon l'invention.
EXEMPLE
On a fabriqué un aliment sec pour chiens selon l'invention, présenté sous forme de croquettes extradées et ayant pour composition analytique:
- Humidité : 6,8%
- Protéines : 39,9% (42,8% de la matière sèche)
- Extractif non azoté : 24,3%
- Matières grasses : 8,4% - Fibres brutes : 14,0%
- Taux d'amidon : 7,8 %
- Matières minérales : 6,6%
- Energie métabolisable :
- Energie mesurée sur animaux : 2758 kcal par kilo (2959 sur sec) - Energie calculée selon NRC85 : 2961 kcal par kilo (3177 sur sec)
- Energie métabolisable apportée par les protéines : 57,9%
- Rapport protéines / 1000 kcal :
- Protéines / énergie mesurée : 144,67 grammes
- Protéines / énergie calculée NRC85 : 134,75 grammes Cet aliment a été comparé à l'aliment sec extradé Hill's Prescription Diet
Canine r/d qui est considéré comme la référence des aliments employés pour faire maigrir les chiens, étant l'aliment le plus prescrit et vendu à cet effet. Ce dernier aliment a les caractéristiques analytiques suivantes, communiquées dans le Dictionnaire des Médicaments Vétérinaires et des Produits de Santé Animale, Edition du Point Vétérinaire, Maisons- Alfort, France, 1999, pages 1504-1505 :
- Humidité : 9%
- Protéines : 22,3% (24,5% de la matière sèche)
- Extractif non azoté : 34,7%
- Matières grasses : 7,7% - Fibres brutes : 21 ,3%
- Energie métabolisable :
- Energie mesurée sur animaux : 2387 kcal par kilo (2626 sur sec)
- Energie calculée selon NRC85 : 2657 kcal par kilo (2922 sur sec)
- Energie métabolisable apportée par les protéines : 33,7% - Rapport protéines / 1000 kcal :
- Protéines / énergie mesurée : 90,49 grammes
- Protéines / énergie calculée NRC85 : 81 ,29 grammes
L'aliment expérimental et l'aliment de référence ont été distribués à deux groupes de chiens obèses comprenant chacun deux mâles et deux femelles. Avant la mise en essai, leurs poids réels, leurs poids idéaux ainsi que leurs surcharges pondérales ont été les suivants, mesurés et estimés par des vétérinaires spécialisés :
Les chiens ont été nourris individuellement avec leurs aliments respectifs avec des quantités ajustées pour assurer une perte de poids régulière de l'ordre de 1 à 2% par semaine, selon l'habitude des cures d'amaigrissement pour chiens. On pèse les animaux individuellement avant la mise en essai et ensuite régulièrement au moins une fois par semaine. On arrête l'essai pour chaque chien quand il aura atteint ou dépassé son poids idéal défini précédemment.
Avant la mise en essai et quand il aura atteint ou dépassé son poids idéal, chaque animal est soumis à une mesure de sa composition corporelle en matières grasses et en masse maigre, selon la méthode de dilution du deutérium (Référence de la méthode : H. R. Son, D. A. d'Avignon, et D. P. Laflamme, American Journal of Veterinary Research, 1998, 59(5), 529-532). On peut ainsi mesurer aussi la composition de la perte pondérale.
Les résultats ont été les suivants à la fin de l'essai :
Ces résultats montrent que, pour des pertes pondérales équivalentes, l'aliment expérimental entraîne une plus grande perte de tissus graisseux et moins de perte de tissus maigres, ce qui est un effet favorable recherché dans le cadre d'un régime d'amaigrissement.