MATERIAU THERMOPLASTIQUE CONTENANT DES FIBRES DE CHANVRE
L'invention concerne un nouveau matériau thermoplastique composite contenant des fibres de chanvre. L'invention concerne également un procédé de préparation de ce matériau.
L'invention concerne enfin les objets moulés réalisés à l'aide de ce matériau.
De très nombreuses matières plastiques sont actuellement disponibles sur le marché et leurs applications dans les domaines les plus variés sont bien connues dans la technique. L'une d'entre elle, regroupée sous le nom de polymères thermodurcissables, présente l'inconvénient de ne pas être recyclable et de présenter quelques risques pour la santé des opérateurs. La présente invention s'est préoccupée de ne pas la sélectionner et de lui préférer la famille des polymères thermoplastiques .
Un certain nombre de ces matières thermoplastiques présentant toutefois l'inconvénient de comporter, dans leur formule chimique, des atomes ou des radicaux qui, lorsqu'ils sont libérés, par exemple à la suite d'une combustion, nuisent gravement à l'environnement. C'est le cas, en particulier, des polymères contenant du chlore, dont le plus fréquemment utilisé est le polychlorure de vinyle ou P.V.C., qui, en cas d'incinération d'ordures ou de déchets industriels contenant des produits de ce type, conduisent au rejet à l'atmosphère de composés dangereux, notamment de dioxines. D'autres matières thermoplastiques, telles que celles comprenant des radicaux phtalyle, présentent des risques sérieux pour la santé, notamment de nature cancérigène.
Les milieux techniques spécialisés se préoccupent donc de limiter l'emploi de tels polymères et de leur substituer d'autres matières thermoplastiques auxquelles des charges inertes appropriées formant renfort confèrent les propriétés physiques requises, notamment de résistance mécanique. Parmi ces charges, les fibres de verre, puis les fibres de carbone et, enfin, plus récemment, les fibres minérales
monocristallines ont permis de réaliser de nouveaux matériaux thermoplastiques présentant un très large éventail de propriétés.
Les charges qu'ils contiennent posent toutefois des problèmes pratiques, lors de leur incorporation dans les matières thermoplastiques ou les résines de départ, car il est difficile d'obtenir une répartition homogène de ces fibres .
En outre, de telles charges sont relativement coûteuses. On est donc à la recherche de nouvelles charges aptes à être réparties de façon homogène dans une matière thermoplastique et à leur conférer des propriétés physiques et mécaniques comparables à celles des fibres de la technique antérieure, voire améliorées par rapport à celles- ci.
Il est par ailleurs souhaitable que les charges substituées à celles précédemment utilisées soient d'origine naturelle, qu'elles puissent représenter une fraction importante du matériau résultant de leur incorporation dans une matière thermoplastique et, enfin, qu'elles soient de préférence recyclables .
On a par conséquent proposé d'utiliser dans ce but des fibres d'origine végétale à culture annuelle renouvelable, notamment de lin ou de chanvre, noyées dans des matières thermoplastiques (voir, par exemple GB 2 090 849 A).
Les fibres courtes de lin présentant le défaut de s'enrouler sur elles-mêmes, au cours du moulage par injection de matériau composite obtenu, c'est donc sur les fibres de chanvre qu'ont porté les travaux du Demandeur. Des essais montrant le même risque de défaut avec une longueur de fibre supérieure à 2 mm, la longueur moyenne des fibres a été réduite à 1 mm pour avoir l'assurance permanente du maintien de la géométrie aciculaire des fibres en mélange avec les polymères en fusion. Pour permettre une application universelle du nouveau matériau composite, allant des objets à parois minces (0,6 à 1 mm d'épaisseur) aux pièces industrielles, la réduction et
l'homogénéisation du diamètre des fibres ont été portées à un diamètre moyen égal ou inférieur à 0,2 mm. On peut ainsi obtenir une dispersion très homogène de ces mini-fibres et il est ensuite possible d'utiliser sans problème le matériau complexe ainsi préparé dans des procédés de moulage par injection ou par extrusion, sans que les mini-brins de chanvre risquent d'obturer les buses d'injection ou les filières d'extrusion.
Les travaux effectués par le demandeur ont cependant montré qu'un facteur essentiel, pour l'obtention d'un matériau thermoplastique composite présentant des performances mécaniques satisfaisantes, dans lequel sont incorporées des fibres de chanvre des dimensions indiquées ci-dessus, est que les fibres de chanvre présentent lors de leur incorporation un taux d'humidité égal au plus à 4 % en poids et, de préférence, égal ou inférieur à 2 % en poids, ce qui implique de soumettre les fibres de départ à une opération de dessication, notamment par étuvage, avant leur incorporation dans la matière thermoplastique fondue. L'invention a, par conséquent, pour objet un nouveau matériau thermoplastique composite comprenant, en mélange, une matière thermoplastique dépourvue d'atomes de chlore et de radicaux phtalyle et ayant une température de fusion inférieure à 200°C, et des fibres de chanvre d'une longueur inférieure à 2 mm et d'un diamètre inférieur ou égal à 0,2mm, ce matériau étant caractérisé en ce que les fibres incorporées dans la matière thermoplastique ont une teneur en humidité égale au plus à 4 % en poids et, de préférence, égale ou inférieure à 2 % en poids. De préférence, les fibres de chanvre contiennent au plus 15 % en poids de matériau ligneux et, de préférence, au plus 5 % en poids.
Le taux d'hémicellulose peut être compris entre 7 et
21 % en poids et le taux de pectine peut varier de 2 à 15 %. Le matériau thermoplastique conforme à l'invention est d'une couleur brune naturelle du plus bel effet, qui peut être plus ou moins foncée, suivant le taux de pectine et
d'hémicellulose des fibres de chanvre.
L'invention a également pour objet un procédé • de préparation du matériau thermoplastique défini ci-dessus, dans lequel on amène par chauffage la matière thermoplastique de base à l'état fondu et l'on y incorpore par compoundage les fibres de chanvre des dimensions désirées, ce procédé étant caractérisé en ce que, préalablement à l'incorporation des fibres de chanvre, celles-ci sont soumises à une opération de dessication, notamment par étuvage, en vue d'abaisser leur teneur en humidité à au plus 4 % en poids et de préférence, égale ou inférieure à 2 % en poids.
Au-delà de cette teneur de 4 %, en effet, il n'est pas possible de mélanger par compoundage de façon satisfaisante la matière thermoplastique à l'état fondu et les fibres de chanvre, car l'incorporation des fibres entraîne la production de bulles de vapeur d'eau dans le matériau thermoplastique.
De préférence, les fibres utilisées sont homogénéisées en longueur et diamètre, par broyage et tamisage, préalablement à la phase de dessication.
La matière thermoplastique doit avoir un point de fusion inférieur ou égal à 200°C et elle peut appartenir aux familles suivantes, y compris sous forme recyclée, dont la liste n'est pas limitative :
- les élastomères, notamment E.V.A. (éthylène vinyle acétate), S.B.S. (styrène butadiène styrène), E.S.B.S. (éthylène styrène butadiène styrène), T P U (polyuréthane thermoplastique ) ; - les polyoléfines, notamment PE (polyéthylènes haute et basse densité) , PP (polypropylène) et les copolymères propylène- éthylène ;
- les polymères styréniques, notamment PS (polystyrène) SB (polystyrène choc), SAN (polystyrène acrylonitrile) , ABS (acrylo butadiène styrène), ASA (acrylonitrile styrène acrylate, et les copolymères PS/PP et PS/PE ; les composés polyacryliques, notamment PMMA
(polyméthacrylate de méthyle) ;
- les polyacétals, notamment POM (polyoxyméthylène) ;
- les polyamides, notamment le polyamide 12 et le polyamide 11 ; - les polyéthers blocs amides, notamment ceux commercialisés sous l'appellation PEBAX ; les composés alvéolaires dérivés des précédents, notamment les mousses rigides PS, PE et PP, et les mousses souples EVA. Les fibres de chanvre présentes dans le matériau thermoplastique conforme à l'invention représentent avantageusement de 5 à 30 % en poids de ce matériau.
Le matériau thermoplastique conforme à l'invention peut, de façon connue, être livré aux utilisateurs sous forme de granulés, qui pourront ensuite être moulés. Ces granulés peuvent constituer des mélanges-maîtres à 50 % de fibres et 50 % de matière thermoplastique et, en vue d'un moulage par injection ou par extrusion, ces granulés peuvent ensuite être mélangés à une quantité additionnelle du matériau thermoplastique vierge de base.
Naturellement, le matériau composite conforme à l'invention peut contenir des adjuvants usuels, notamment anti-oxygène, anti-rayonnement ultra-violet, anti-chocs, anti-statiques, ignifugeants, lubrifiants, colorants et autres, ainsi que des désodorisants dans le produit fini moulé.
Le matériau composite conforme à l'invention peut également contenir des agents améliorant la cohésion entre les fibres de chanvre et la matière thermoplastique, tels que des polymères fonctionnels du genre du polypropylene greffé, des polyamides et de certains copolymères.
De même, il est possible d'incorporer aussi dans le matériau composite conforme à l'invention des fibres autres que les fibres de chanvre, par exemple de courtes fibres de verre, et des charges conventionnelles telles que du carbonate de calcium (calcaire), du talc, du mica, des fibres broyées de carbone, du noir de carbone, des farines
d'autres végétaux (bois, tourteaux) et de la pulpe ligneuse de chanvre (chènevotte) .
Les fibres de chanvre présentes dans le matériau thermoplastique conforme à l'invention présentent l'avantage d'accroître de façon sensible la rigidité des matières thermoplastiques dans lesquelles elles sont incorporées, ce qui se traduit par une augmentation notable du module en traction de celles-ci et est particulièrement avantageux pour le moulage de nombreux objets. Ces fibres permettent en outre d'obtenir un aspect de surface parfaitement satisfaisant et décoratif pour les objets moulés à partir des matières thermoplastiques dans lesquelles elles sont incorporées.
En particulier, comme indiqué ci-dessus, le matériau thermoplastique conforme à l'invention est auto-coloré, sa coloration brune, plus ou moins foncée suivant son taux de pectine et d'hémicellulose, permettant de l'utiliser tel quel pour de nombreuses applications.
Le matériau thermoplastique composite conforme à l'invention présente dans la majeure partie des cas des propriétés physiques et mécaniques sensiblement égales à celles de la matière thermoplastique de base et souvent supérieures à celles-ci, tout en présentant l'avantage de pouvoir être recyclé, sans nuire à l'environnement. Diverses formes de mise en oeuvre de l'invention vont maintenant être décrites, à titre d'exemples non limitatifs, en vue d'illustrer les conditions de mise en oeuvre du procédé de fabrication du matériau thermoplastique composite et les propriétés physiques et mécaniques de celui-ci, comparativement à celles de la matière thermoplastique de départ. Les essais rapportés ont été effectués par le Centre de Valorisation Industrielle des Agro-Ressources, VALAGRO, de Poitiers.
EXEMPLE 1 Cet exemple illustre la réalisation, par la technique dite de compoundage, de matériaux composites conformes à l'invention, comprenant des fibres de chanvre, incorporées
dans diverses matières thermoplastiques.
Les fibres de chanvre utilisées dans les essais proviennent du procédé usuel de séparation de la paille de chanvre en filasse et en partie ligneuse (chènevotte) , employé par la Société dite La Chanvrière de l'Aube, à 10200 Bar sur Aube. La qualité de filasse choisie dans le cadre de l'invention ne contient plus qu'une teneur en fibres ligneuses inférieure ou égale à 5 %.
Ces fibres de chanvre ont un diamètre de l'ordre de 0,2 mm et une longueur inférieure ou égale à 1 mm. Elles sont tamisées à l'aide d'un tamis de maille 1 mm, en vue d'éviter des amas éventuels de fibres et sont étuvées pendant 14 heures, à une température de 105°C, de manière à abaisser leur teneur en humidité à 2 % en poids, avant leur incorporation dans la matière thermoplastique.
Les matières thermoplastiques de base utilisées se présentent sous forme de granulés et elles ont toutes un point de fusion inférieur à 200°C. Ces matières thermoplastiques sont les suivantes : - Pi : polyéthylène basse densité, commercialisé sous l'appellation Lacqtène, référence 1200 MN 26 C ;
- P2 : polyéthylène haute densité, commercialisé sous l'appellation Hostalen, référence GC 7260 ;
- P3 : polypropylene, commercialisé sous l'appellation Hostalen, référence 1780 S2 AST.
L'incorporation des fibres s'effectue par extrusion- compoundage en utilisant 20 parties en poids de fibres pour 100 parties en poids de matière thermoplastique.
L'étape d'extrusion compoundage est effectuée à l'aide d'une extrudeuse bi-vis corotative de Marque CLEXTRAL et de type pilote BC21, équipée d'une filière creuse de 3 mm de diamètre. Cette machine comporte deux arbres sur lesquels viennent se positionner des éléments de vis dont la longueur totale est de 600 mm. La régulation en température est réalisée avec des tronçons chauffés par des résistances ; la longueur du fourreau est de 670 mm. Suivant le polymère
utilisé et l'usage recherché, d'autres configurations de compoundage peuvent cependant être envisagées.
Cette machine permet de régler finement les températures de chacune des zones, ainsi que la vitesse de rotation des vis, à l'aide d'une armoire électrique. La régulation en température est précise, grâce à un système de refroidissement commandé par des électrovannes.
Le compound extrudé sort de l'extrudeuse sous forme de jonc et est immédiatement refroidi dans un bain d'eau avant d'être découpé sous forme de granulés à l'aide d'un granulateur. Ayant subi un trempage, le polymère extrudé contient une quantité d'eau non négligeable qu'il faut éliminer avant son injection ou sa réextrusion. Ceci est effectué lors d'un ultime étuvage. L'alimentation de l'extrudeuse est réalisée par deux doseurs volumétriques de marque K-TRON. Le dosage volumétrique assure l'extraction du produit en continu, de manière à débiter toujours le même volume. Dans le cas des microfibres de chanvre, le doseur est équipé de deux vis jumelles concaves, alors que, pour doser des granulés de polymères, on utilise deux vis sans fin. L'utilisation d'un système volumétrique nécessite la réalisation d'un étalonnage, afin de déterminer précisément les débits massiques, et donc, dans le cas d'un fonctionnement faisant intervenir deux doseurs simultanément, de régler les deux débits dans le but d'obtenir le taux de fibres désiré.
Le Tableau 1 ci-après rassemble les conditions • du compoundage.
TABLEAU 1
(1) L'unité utilisée peut être quelconque. Seul est important le rapport des vitesses pour une même granulométrie de fibres et un débit déterminé.
Avec toutes les formulations testées dans de telles conditions, le compoundage ne pose aucun problème et le fonctionnement de l'extrudeuse s'effectue en mode automatique.
Aucune anomalie n'est relevée et le compound obtenu a des dimensions se prêtant à un moulage par injection dans des conditions usuelles.
L'aspect du matériau thermoplastique composite ansi obtenu se révèle très satisfaisant, car les fibres se dispersent de façon parfaitement homogène au sein de la matière plastique.
Aucune bulle de vapeur d'eau n'est discernable dans le matériau thermoplastique composite résultant.
Exemple 2
Cet exemple vise à comparer les propriétés physiques de certains des matériaux thermoplastiques composites préparés ci-dessus à celles de la matière thermoplastique de base.
Dans ce but, des éprouvettes normalisées, répondant aux caractéristiques de la norme NFT 51-034, ont été réalisées sur une presse à injecter de marque ARBURG, ayant une
poussée de 50 tonnes et un diamètre de vis de 25 mm. Les matériaux utilisés pour réaliser ces éprouvettes ont préalablement été parfaitement étuvés, afin d'éliminer toute trace d'humidité.
Les conditions de réalisation par injection des éprouvettes sont rassemblées dans le Tableau 2 ci-après :
TABLEAU 2
A l'aide des éprouvettes ainsi réalisées, les propriétés de résistance mécanique en traction des matériaux thermoplastiques composites conformes à l'invention ont été testées et comparées à celles des matières thermoplastiques de départ. Les essais ont été réalisés conformément à la norme ISO/R 527, à température ambiante (23°C ± 1°C) et avec un allongement de 50 mm/mn.
Les résultats de ces essais sont rassemblés dans le Tableau 3 ci-après :
TABLEAU 3
On constate que l'incorporation de fibres de chanvre dans le polyéthylène basse densité ou haute densité se traduit par une amélioration sensible des propriétés de résistance mécanique à la traction de la matière thermoplastique de base.
Dans le cas du polypropylene, on constate que l'addition des fibres de chanvre se traduit par une légère diminution des propriétés de résistance mécanique à la traction, mais que compense, et au-delà, les avantages :
- de pouvoir recycler le polypropylene additionné de ce type de charge ;
- de rigidifier la matière thermoplastique de départ, en modifiant de façon appréciable le module en traction, ce qui est d'une grande importance pour nombre d'objets moulés.