PROCEDE DE FERMENTATION IBE OPTIMISE POUR VALORISER L’ACETONE Domaine technique
La présente invention concerne un procédé de production d’alcools comprenant la fermentation IBE d’une solution aqueuse comprenant des sucres en C5 et/ou C6 en présence de microorganismes naturels, permettant de maximiser le rendement en alcools, en particulier en isopropanol.
Technique Antérieure
Afin de répondre aux enjeux de la transition énergétique, de nombreuses recherches sont menées pour développer des procédés dits «verts», permettant d’accéder à des intermédiaires chimiques d’une façon alternative au raffinage du pétrole et/ou à la pétrochimie.
Les alcools issus de fermentation (éthanol, n-butanol, noté butanol dans la suite, isopropanol) sont les substituts de dérivés pétrochimiques les plus prometteurs. La fermentation ABE (Acétone - Butanol - Ethanol) est une des plus anciennes fermentations à avoir été industrialisée (début du 20ème siècle) et a été depuis largement étudiée (cf. Moon et al. « One hundred years of clostridial butanol fermentation. » FEMS Microbiol Lett. 2016 Feb, 363, 3). Il existe également la fermentation IBE (Isopropanol - Butanol - Ethanol) qui produit un mélange d’isopropanol, butanol et éthanol (cf. Dos Santos Vieira et al. « Acetone- free biobutanol production: Past and recent advances in the Isopropanol-Butanol-Ethanol (IBE) fermentation. » Bioresour Technol. 2019 Sep, 287:121425). Ces deux types de fermentations sont réalisées en anaérobiose stricte par un microorganisme fermentaire généralement du genre Clostridium.
Ces souches de Clostridia, non pathogènes, dites solvantogènes, et utilisées en biotechnologie, ont naturellement la capacité de transformer une variété importante de sucres pour produire des espèces chimiques d’intérêt, et plus particulièrement un mélange d’acétone, de butanol et d’éthanol au cours de la fermentation ABE (Jones et al. « Acetone- butanol fermentation revisited. » Microbiol Rev 1986, 50: 484-524). Certaines sont quant à elles capables de produire un mélange d’isopropanol, de butanol et d’éthanol lors d’une fermentation dite IBE (Chen ét al., « Acetone-butanol-isopropanol production by Clostridium beijerinckii (synonym, Clostridium butylicum). » Biotechnol Lett 1986, 8: 371-376 ; George et al., « Acetone, isopropanol and butanol production by Clostridium beijerinckii (syn. Clostridium butylicum) and Clostridium aurantibutyricum. » Appl Environ Microbiol 1983, 45: 1160-1163).
Seules quelques souches de Clostridia solvantogènes particulières sont naturellement capables de produire au cours du processus fermentaire de l’isopropanol en remplacement quasi-total de l’acétone, notamment certaines souches de Clostridium beijerinckii (ou C. beijerinckii), telle que la souche DSM6423. Les autres souches produisent un mélange Acétone / Butanol / Ethanol (A/B/E).
Lors du processus fermentaire IBE qui conduit au mélange d’alcools Isopropanol / Butanol / Ethanol (l/B/E), l’acétone est donc un produit intermédiaire de la voie de production fermentaire de l’isopropanol (Maté de Gérando étal., « Genome and transcriptome of the natural isopropanol producer Clostridium beijerinckii DSM6423 » BMC Genomics, 2018 19:242 ; Collas, 2012. « Production of isopropanol, butanol and éthanol by metabolic engineered Clostridia ». Thèse de doctorat en Microbiologie et Biologie moléculaire. AgroParisTech. France). Cependant, en fin de fermentation IBE, réalisée par la souche DSM6423 par exemple, le moût fermentaire obtenu comprend systématiquement de l’acétone, souvent en faible concentration (généralement environ 2% de la masse des solvants produits). Cette présence d’acétone dans les produits d’un procédé de fermentation IBE est cependant caractéristique d’un rendement en alcools, en particulier en isopropanol, pouvant être incomplet.
Il apparait alors utile, pour rendre économiquement intéressante la production fermentaire d’alcools l/B/E à grande échelle, d’optimiser les procédés classiques de fermentation IBE en convertissant l’acétone co-produit en alcool, en particulier en isopropanol, permettant ainsi de limiter l’accumulation de ce co-produit acétone dans les procédés. Récupérer et convertir l’acétone permet en outre de le valoriser et surtout d’améliorer les rendements de conversion des sucres en alcools.
Des procédés industriels de transformation de l’acétone en isopropanol par voie chimique existent. Ce sont des procédés conventionnels d’hydrogénation catalytique sous pression. Par exemple, les procédés décrits dans les documents EP 0379323 et US 2011/0218367 sont des procédés de production d’isopropanol par réaction de l’acétone avec de l’hydrogène en présence de catalyseurs à base de métal hydrogénant, en particulier à base de Nickel de Raney, à une température entre 20 et 200°C et une pression comprise entre 1 et 80 bars (cf. EP 0379323). La demande US 2011/0218367 précise que la sélectivité en isopropanol est améliorée en présence d’eau. Le brevet US 6930213 décrit quant à lui un procédé d’hydrogénation de l’acétone en isopropanol en plusieurs étapes réactionnelles de manière à produire de l’isopropanol de haute pureté et avec une sélectivité améliorée.
En parallèle, la voie enzymatique pour convertir l’acétone est explorée. La littérature décrit, par exemple, la réduction d’acétone en isopropanol en utilisant une souche particulière de Clostridium, notamment la souche Clostridium ragsdalei, dans un système fermentaire très différent de la fermentation IBE ou ABE, puisqu’il consiste en la fermentation d’un substrat gazeux issu de la gazéification, appelé aussi syngas, qui comprend un mélange gazeux d’azote N2, d’hydrogène H2, de dioxyde de carbone CO2 et du monoxyde de carbone CO (Ramachandriya KD et al., « Réduction of acetone to isopropanol using producer gas fermenting microbes », Biotechnol Bioeng., 2011 Oct, 108(10), 2330-8). Dans ce procédé, de l’acétone est ajouté dans le milieu fermentaire, à des concentrations allant jusqu’à 2 g/L sans affecter la croissance du microorganisme.
Une autre étude propose d’optimiser la fermentation Acétone - Isopropanol - Butanol en présence d’une souche naturelle de Clostridium, NJP7, pour améliorer la production de butanol ou de butanol-isopropanol, notamment en introduisant dans le milieu de culture avec le glucose de l’acide exogène (acide acétique ou acide butyrique) ou un précurseur d’enzymes spécifiques (Xin ét al., « Strategies for improved isopropanol-butanol production by a Clostridium strain from glucose and hemicellulose through Consolidated bioprocessing », Biotechnololy for Biofuels, 2017, 10 :118). Cette même étude montre que les titres et productivités en butanol et isopropanol de la souche Clostridium NJP7, peuvent être encore améliorées lors d’une fermentation fed-batch par extraction in situ à l’aide de biodiesel.
D’autres travaux encore proposent de réaliser des modifications génétiques d’une souche de Clostridum acetobutylicum ATCC 824, qui produit naturellement un mélange Acétone - Butanol - Ethanol, pour lui faire produire de l’isopropanol en remplacement de l’acétone. Cependant, la production d’acétone résiduelle est toujours observée, malgré la présence d’une alcool deshydrogénase produite par le microorganisme génétiquement modifié et capable de convertir efficacement l’acétone (Joungmin Lee et al., « Metabolic Engineering of Clostridium acetobutylicum ATCC 824 for Isopropanol-Butanol-Ethanol Fermentation », George ét al., Applied and Environmental Microbiology, March 2012, Vol.78 N.5, p. 1416 — 1423).
Aucun de ces documents ne propose un procédé de production d’alcools par conversion enzymatique de sucres en C5 et/ou C6, permettant la valorisation directe d’acétone, notamment de l’acétone co-produit avec les alcools. Aucun des documents ne propose en outre un schéma de procédé relativement simple permettant d’améliorer sensiblement le
taux de conversion des sucres en alcools et donc les rendements en alcools produits, en particulier en isopropanol, ce qui représente un gain économique notable.
Résumé de l’invention
La présente invention concerne ainsi un procédé de production d’alcools comprenant les étapes suivantes : a. une étape de fermentation mettant en œuvre une section réactionnelle comprenant au moins un bioréacteur dans lequel une fermentation de type IBE est réalisée en présence d’une souche de Clostridium, en particulier d’intérêt industriel, ladite section réactionnelle étant alimentée au moins par une solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 et un flux acétone recyclé, pour produire des gaz de fermentation et un moût de fermentation contenant des produits fermentaires comprenant du butanol, de l’éthanol, de l’isopropanol et de l’acétone ; b. une étape de récupération des produits fermentaires, pour obtenir un flux de produits fermentaires ; c. une étape de traitement du flux de produits fermentaires issu de l’étape b) mettant en œuvre une section de séparation de l’acétone pour produire au moins un effluent acétone et un effluent aqueux d’alcools ; d. une étape de recyclage de l’acétone qui met en œuvre au moins une section de transfert pour recycler au moins une fraction de l’effluent acétone issu de l’étape c) vers l’étape a), ladite au moins fraction de l’effluent acétone qui est transférée constituant ledit flux acétone recyclé qui alimente la section réactionnelle de l’étape a).
De manière surprenante, la demanderesse a découvert qu’il était possible de ré-introduire dans le milieu de fermentation, selon un schéma de procédé simple, l’acétone co-produit avec des alcools par les microorganismes naturels, sans purification particulière, de manière à le convertir en isopropanol en utilisant ces mêmes microorganismes naturels. Cette réassimilation et conversion du co-produit en alcool, en particulier en isopropanol, permet d’améliorer sensiblement le rendement des sucres en alcools, ce qui représente un gain économique notable. La demanderesse a en effet découvert que l’acétone co-produit lors de la fermentation IBE par les microorganismes naturels peut être recyclé facilement et réassimilé quasi complètement par les mêmes microorganismes pour être converti en isopropanol.
Le procédé selon l’invention permet ainsi d’augmenter le rendement en isopropanol de 4 à 6% poids par rapport à un procédé de l’art antérieur, en utilisant la même souche et la même
quantité de microorganismes naturels et, en particulier, en mettant en œuvre un système simple de recyclage de l’acétone co-produit. Les performances améliorées obtenues grâce au procédé selon l’invention apparaissent possibles, pour des coûts d’investissement et de fonctionnement limités.
Un autre avantage de la présente invention réside dans la possibilité de valoriser l’acétone co-produit, mais aussi de convertir de l’acétone exogène, qui peut être défini, selon l’invention, comme de l’acétone bio-compatible issu de procédés fermentaires ou chimiques externes au procédé de la présente invention. Il apparaît en effet que l’acétone est très bien convertie en isopropanol, avec des taux de conversion pouvant aller jusqu’à 90%, par les microorganismes produisant naturellement le mélange isopropanol, butanol et éthanol, même à des concentrations d’acétone élevées dans le milieu fermentaire.
Description des modes de réalisation
Selon l’invention, la fermentation de type IBE, fermentation IBE, est une fermentation utilisant des microorganismes qui permettent la conversion de sucres comprenant 5 atomes de carbone (C5) et/ou 6 atomes de carbone (C6), solubilisés dans une solution aqueuse, en produits fermentaires comprenant des solvants composés majoritairement d’un mélange d’alcools Isopropanol - Butanol - Ethanol. Lors de cette fermentation IBE, de l’acétone est co-produit ; ce solvant représente environ 2% poids du poids des solvants produits. Généralement, la fermentation produit également des gaz fermentaires, en particulier du dioxyde de carbone (C02) et de l’hydrogène.
Selon l’invention, les microorganismes, appelés aussi bactéries, utilisés dans le système fermentaire sont des souches issues d’espèce, de Clostridium, en particulier d’intérêt industriel, capables naturellement, c’est-à-dire à l’état sauvage, de produire majoritairement les alcools isopropanol, n-butanol, noté butanol par la suite, et éthanol, à partir de sucres à 5 carbones (C5) ou à 6 carbones (C6). Le terme « majoritairement » signifie ici, de préférence au moins 60% poids, préférentiellement au moins 80% poids, de manière préférée au moins 90% poids, des solvants obtenus par fermentation. Ces souches sont aussi appelées « souches IBE » ou « souches IBE sauvages ».
Une bactérie capable de produire de l’isopropanol à l’état sauvage, en particulier capable d’effectuer une fermentation IBE à l’état sauvage, peut être par exemple une bactérie sélectionnée parmi une bactérie C. beijerinckii, une bactérie C. diolis, une bactérie C. puniceum, une bactérie C. aurantibutyricum, une bactérie C. butyricum, une bactérie C. saccharoperbutylacetonicum, une bactérie C. botulinum, une bactérie C. drakei, une bactérie
C. scatologenes, une bactérie C. perfringens, et une bactérie C. tunisiense, de préférence une bactérie sélectionnée parmi une bactérie C. beijerinckii, une bactérie C. diolis, une bactérie C. puniceum, une bactérie C. aurantibutyricum et une bactérie C. saccharoperbutylacetonicum. De manière préférée, une bactérie naturellement capable de produire de l’isopropanol, en particulier capable d’effectuer une fermentation IBE à l’état sauvage, est une bactérie C. beijerinckii, de préférence un sous-clade de C. beijerinckii sélectionné parmi DSM 6423, LM G 7814, LM G 7815, NRRL B-593, NCCB 27006, une bactérie C. aurantibutyricum DSZM 793 et ATCC 17777, ou un sous-clade d’une telle bactérie C. beijerinckii ou C. aurantibutyricum présentant au moins 90%, 95%, 96%, 97%, 98% ou 99% d’identité avec la souche DSM 6423 (cf. https://www.ebi.ac.Uk/ena/data/view/GCA_900010805.1). La bactérie C. beijerinckii de sous- clade DSM 6423 est particulièrement préférée.
Avantageusement, les microorganismes utilisés synthétisent naturellement au cours de la fermentation une enzyme spécifique, appelée alcool deshydrogénase secondaire (sadh), qui permet la conversion de l’acétone en isopropanol en présence d’un co-facteur, plus particulièrement en présence du NADPH (Nicotinamide adénine dinucléotide phosphate), ce co-facteur étant produit par les mêmes microorganismes en présence notamment de glucose. Selon l’invention, ces microorganismes sont appelés indifféremment « microorganismes », « microorganismes de souche naturelle », « souches issues d’espèce de Clostridium » ou encore « souches naturelles » ou bien « souches sauvages ».
Les souches sauvages peuvent cependant subir naturellement des mutations ponctuelles au sein de leur matériel génétique (c’est-à-dire au sein de leur ADN) sans affecter leurs performances fermentaires.
Selon l’invention, un « bioréacteur », également désigné par « fermenteur », est un équipement de propagation de microorganismes fermentaires capables de produire des molécules (solvants ou autres composés organiques) d’intérêt. Une fermentation en bioréacteur permet ainsi, en présence de sucres en C5 et/ou C6, une croissance du microorganisme utilisé, avec un contrôle des paramètres-clés comme le pH, l’agitation et la température du milieu de fermentation (ou fermentaire), appelé aussi milieu réactionnel, et la production des solvants visés.
L'étape de fermentation selon l’invention consiste donc à faire croître les microorganismes et récupérer un effluent réactionnel comprenant le moût de fermentation contenant une solution aqueuse comprenant un mélange isopropanol, n-butanol, éthanol.
Selon l’invention, le volume d’un bioréacteur correspond au volume utile dudit bioréacteur.
Selon l’invention, le terme « solvants » désigne l’ensemble des composés alcools et cétones produits par fermentation. Plus particulièrement, le terme « solvants » désigne le mélange isopropanol, butanol, éthanol et acétone produit lors de la fermentation IBE mise en œuvre dans le procédé selon l’invention.
Selon la présente invention, l’expression « compris entre ... et ... » signifie que les valeurs limites de l’intervalle sont incluses dans la gamme de valeurs décrite. Si tel n’était pas le cas et que les valeurs limites n’étaient pas incluses dans la gamme décrite, une telle précision sera apportée par la présente invention.
Dans le sens de la présente invention, les différents plages de paramètres pour une étape donnée telles que les plages de pression et de température peuvent être utilisées seules ou en combinaison. Par exemple, dans le sens de la présente invention, une plage de valeurs préférées de pression peut être combinée avec une plage de valeurs de température plus préférées.
Dans la suite, des modes de réalisation particuliers et/ou préférés de l’invention peuvent être décrits. Ils pourront être mis en œuvre séparément ou combinés entre eux, sans limitation de combinaison lorsque c’est techniquement réalisable.
L’invention concerne ainsi un procédé de production d’alcools comprenant, de préférence consistant en, les étapes suivantes : a. une étape de fermentation de type IBE mettant en œuvre une section réactionnelle comprenant au moins un bioréacteur qui contient un microorganisme de souche naturelle, ladite section réactionnelle étant alimentée au moins par une solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 et un flux acétone recyclé, pour produire des gaz de fermentation et un moût de fermentation contenant des produits fermentaires comprenant du butanol, de l’éthanol, de l’isopropanol et de l’acétone ; b. une étape de récupération des produits fermentaires, pour obtenir un flux de produits fermentaires ; c. une étape de traitement du flux de produits fermentaires issu de l’étape b) mettant en œuvre une section de séparation de l’acétone pour produire au moins un effluent acétone et un effluent aqueux d’alcools ;
d. une étape de recyclage de l’acétone qui met en œuvre au moins une section de transfert pour recycler au moins une fraction de l’effluent acétone issu de l’étape c) vers l’étape a), ladite au moins fraction de l’effluent acétone qui est transférée constituant ledit flux acétone recyclé qui alimente la section réactionnelle.
Charge
Selon l’invention, le procédé est alimenté par une solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6.
Ladite solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 peut avoir différentes origines. Elle provient avantageusement du traitement d’une source renouvelable. Cette source renouvelable peut être du type biomasse lignocellulosique qui comprend notamment les substrats ligneux (feuillus et résineux), les sous-produits de l’agriculture (paille) ou ceux des industries génératrices de déchets lignocellulosiques (industries agroalimentaires, papeteries). La solution aqueuse de sucres peut également être obtenue à partir de plantes sucrières, comme par exemple la betterave sucrière et la canne à sucre, ou encore à partir de plantes amylacées comme le maïs ou le blé.
Tout sucre en C5 naturellement présent dans les différentes biomasses lignocellulosiques (mono- ou dicotylédones) utilisés pour la production de biocarburant par voie biologique peut être fermenté par le procédé selon l'invention. De préférence les sucres en C5 sont choisis parmi le xylose et l’arabinose.
Tout sucre en C6 peut également être fermenté par le procédé selon l'invention. De préférence, les sucres en C6 sont choisis parmi le glucose, la mannose, le galactose. De manière plus préférée, le sucre en C6 est le glucose.
Avantageusement, les sucres en C5 et/ou C6 sont solubilisés dans ladite solution aqueuse de sucres. La concentration en sucres C5 et/ou C6 de ladite solution aqueuse de sucres est comprise entre 1 à 900 g/L, de préférence entre 10 et 600 g/L, préférentiellement entre 20 et 500 g/L, de manière très préférée entre 25 et 150 g/L. De préférence, la solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 est une solution liquide.
Etape a)
Conformément à l’invention, le procédé de production d’alcools comprend une étape a) de fermentation mettant en œuvre une section réactionnelle qui comprend elle-même au moins un bioréacteur dans lequel est réalisée la fermentation IBE en présence d’un microorganisme naturel.
Ledit microorganisme naturel est une souche de Clostridium capable de produire naturellement les alcools isopropanol, n-butanol (appelé encore butanol selon l’invention) et éthanol à partir de sucres en C5 et/ou C6.
Selon un ou plusieurs modes de réalisation, le système fermentaire, appelé encore biomasse bactérienne, est produit au moins par (et/ou comprend) un microorganisme, ou bactérie, appartenant au genre Clostridium et capable de produire de l’isopropanol à l’état sauvage, en particulier capable d’effectuer une fermentation IBE à l’état sauvage et avantageusement sélectionné parmi une bactérie C. beijerinckii, une bactérie C. diolis, une bactérie C. puniceum, une bactérie C. aurantibutyricum, une bactérie C. butyricum , une bactérie C. saccharoperbutyiacetonicum, une bactérie C. botulinum, une bactérie C. drakei, une bactérie C. scatologenes, une bactérie C. perfringens, et une bactérie C. tunisiense, de préférence parmi une bactérie C. beijerinckii, une bactérie C. diolis, une bactérie C. puniceum, une bactérie C. aurantibutyricum et une bactérie C. saccharoperbutyiacetonicum. De manière préférée, le microorganisme employé est une bactérie C. beijerinckii, de préférence un sous-clade de C. beijerinckii sélectionné parmi DSM 6423, LMG 7814, LMG 7815, NRRL B-593, NCCB 27006, une bactérie C. aurantibutyricum DSZM 793, ATCC 17777, ou un sous-clade d’une telle bactérie C. beijerinckii ou C. aurantibutyricum présentant au moins 90%, 95%, 96%, 97%, 98% ou 99% d’identité avec la souche DSM 6423 (cf. https://www.ebi.ac.Uk/ena/data/view/GCA_900010805.1).
Ladite section réactionnelle peut comprendre un ou plusieurs bioréacteurs, de préférence au moins deux bioréacteurs, préférentiellement au moins cinq bioréacteurs. Avantageusement, ladite section réactionnelle comprend au plus trente bioréacteurs, de préférence au plus vingt bioréacteurs, préférentiellement au plus dix bioréacteurs. Chaque bioréacteur comprend ledit microorganisme naturel. Lorsque la section réactionnelle comprend plusieurs bioréacteurs, les bioréacteurs fonctionnent en parallèle.
Ladite section réactionnelle est alimentée par une solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6. Avantageusement, ladite solution aqueuse est sous forme liquide. Lorsque ladite section réactionnelle comprend plusieurs bioréacteurs, ladite solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 peut être divisée en autant de flux d’alimentation en solution aqueuse de sucres que de bioréacteurs présents dans ladite section réactionnelle.
Ladite section réactionnelle est également alimentée par un flux acétone recyclé, avantageusement issu de l’étape d) du procédé selon l’invention. Avantageusement, ledit flux acétone recyclé est sous forme liquide. Ledit flux acétone recyclé peut être introduit
directement dans ledit(ou lesdits) bioréacteur(s) ou dans un mélangeur situé en amont dudit bioréacteur dans lequel il est mélangé à ladite solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 avant d’être introduit dans ledit(ou lesdits) bioréacteur(s). Lorsque ladite section réactionnelle comprend plusieurs bioréacteurs, ledit flux acétone recyclé peut être divisé en autant de flux d’alimentation en acétone recyclé que de bioréacteurs présents dans ladite section réactionnelle.
Ladite section réactionnelle peut en outre être éventuellement alimentée par un flux acétone exogène. Avantageusement, ledit flux acétone exogène qui alimente éventuellement la section réactionnelle est sous forme liquide. Ledit flux acétone exogène peut être mélangé au flux acétone recyclé C6 avant d’être introduit dans ledit(ou lesdits) bioréacteur(s) ou peut alimenter directement ledit(ou lesdits) bioréacteur(s).
Ledit flux d’acétone exogène qui alimente éventuellement la section réactionnelle, est un flux d’acétone biocompatible, issu d’au moins un procédé autre que le procédé selon l’invention. Ledit flux d’acétone exogène peut provenir, au moins en partie, d’un autre procédé de fermentation, par exemple mettant en œuvre une fermentation ABE, ou d’un procédé « chimique » c’est-à-dire ne mettant en œuvre aucune fermentation. Dans ce dernier cas, l’acétone produit par le procédé chimique est directement biocompatible, c’est-à-dire ne contient pas de poison des microorganismes utilisés dans l’étape a) du procédé selon l’invention, ou est traité préalablement à son introduction dans la section réactionnelle de l’étape a) pour le rendre biocompatible.
Avantageusement, la section réactionnelle de l’étape a) est alimentée en ledit flux acétone recyclé et éventuellement ledit flux acétone exogène, à des débits ajustés de sorte que la concentration en acétone alimentant la section réactionnelle de l’étape a) est inférieure ou égale à 10 g/L, de préférence inférieure ou égale à 5 g/L, préférentiellement inférieure ou égale à 2 g/L, et de préférence supérieure strictement à 0, préférentiellement supérieure ou égale à 0,01 g/L, de manière préférée supérieure ou égale à 0,1 g/L, par rapport à l’ensemble des flux liquides alimentant la section réactionnelle de l’étape a), c’est-à-dire par rapport à la solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6, du flux acétone recyclé et éventuellement du flux acétone exogène. La concentration en acétone alimentant la section réactionnelle de l’étape a) est définie comme étant la quantité pondérale d’acétone totale entrant dans la section réactionnelle de l’étape a), c’est-à-dire apporté par le flux acétone recyclé et éventuellement le flux acétone exogène, par rapport au volume total des flux alimentant la section réactionnelle de l’étape a), c’est-à-dire par rapport à la somme des flux
liquides composés du flux de solution aqueuse de sucres, du flux acétone recyclé et éventuellement du flux acétone exogène, exprimée en volume.
Avantageusement, la fermentation mise en œuvre dans la section réactionnelle est réalisée à une température comprise entre 25 et 40°C, de préférence entre 30 et 37°C, de manière préférée à 34°C. De préférence, la fermentation est mise en œuvre à un pH compris entre 4,0 et 7,0, de préférence entre 4,5 et 6,0. Avantageusement, la section réactionnelle de l’étape a) est opérée à pression atmosphérique.
Selon un mode de réalisation particulier de l’invention, la fermentation peut être mise en œuvre en mode discontinu, encore appelé mode « batch » selon le terme anglo-saxon consacré, c’est-à-dire avec une alimentation initiale et sans alimentation intermédiaire et/ou sans alimentation continue, en particulier en solution aqueuse de sucres, en ledit flux d’acétone recyclé éventuellement du ou des lots précédents et éventuellement en un flux d’acétone exogène. En d’autres termes, dans ce mode de réalisation, la fermentation est mise en œuvre dans le ou les bioréacteur(s) avantageusement fermé(s) pour la phase liquide (mais ouvert pour la phase gaz sortante), pendant une durée comprise entre 30 et 150 heures qui correspond avantageusement à la durée d’un lot. De préférence, le volume utile du (des) bioréacteur(s) est compris entre 10 et 500 m3. La quantité de solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 introduite initialement dans le (ou chaque) bioréacteur, de préférence à une concentration comprise entre 1 à 900 g/L, préférentiellement entre 10 et 600 g/L, de manière préférée entre 20 et 500 g/L et encore plus préféré entre 30 g/L et 90 g/L, et en particulier entre 40 g/L et 60 g/L, correspond à la moitié du volume utile du bioréacteur considéré, et correspond avantageusement au milieu fermentaire dudit bioréacteur. La quantité de microorganismes introduits par lot (par « batch ») et par bioréacteur correspond à un volume d’un milieu de culture des cellules (ou bactéries) au taux de croissance maximal et de sorte que ledit volume du milieu de culture est compris entre 2 et 10% du volume du milieu fermentaire (ou volume réactionnel). Une agitation continue est maintenue pour homogénéiser le milieu réactionnel.
Selon un second mode de réalisation particulier de l’invention, la fermentation peut être mise en œuvre en mode « semi-continu », ou « fed-batch » selon le terme anglo-saxon consacré. Dans ce mode de réalisation, la solution aqueuse de sucres et avantageusement le flux d’acétone sont avantageusement introduits dans le(les) bioréacteur(s) pour une partie en début de lot et pour une autre partie ajoutés au fur et à mesure du lot dans le(les) bioréacteur(s). Un lot désigne, selon les connaissances de l’homme du métier,
avantageusement le temps de mise en œuvre de la fermentation entre deux vidanges du(ou des) bioréacteur(s) et les opérations qui se déroulent pendant ce temps. Un lot dure de préférence entre 20 et 200 heures, préférentiellement entre 30 et 150 heures. De préférence, le volume utile du (des) bioréacteur(s) est compris entre 10 et 500 m3. De préférence, le (ou chaque) bioréacteur est initialement alimenté par une quantité de solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6, de manière préférée à concentration en sucres comprise entre 30 g/L et 90 g/L, de préférence entre 40 g/L et 60 g/L, qui correspond à un volume de préférence égal à la moitié du volume utile du (de chaque) bioréacteur. Au cours de la fermentation, chaque bioréacteur est alimenté, avantageusement en continu ou par puise, par une solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6, de préférence à une concentration en sucres comprise entre 500 et 800 g/L, à un débit compris avantageusement entre 10 et 5000 L/h, de préférence entre 20 et 2500 L/h. La quantité de microorganismes introduite par lot et par bioréacteur correspond à un volume d’un milieu de culture des cellules (ou bactéries) au taux de croissance maximal et de sorte que ledit volume du milieu de culture est compris entre 2 et 10% du volume du milieu fermentaire (ou volume réactionnel). Une agitation continue est maintenue pour homogénéiser le milieu réactionnel, dans chaque bioréacteur. Un soutirage du butanol produit, sous forme liquide ou gaz, en continu ou par puise, peut alors être mis en œuvre dans chaque bioréacteur, l’objectif de cette technique étant d’éliminer le butanol, toxique aux microorganismes, au fur et à mesure qu’il est produit par la souche. Cette technique est appelée ISPR pour In Situ Product Recovery selon le terme anglo-saxon, et est bien connue de l’Homme de métier (cf. Outram V. et al. « A comparison of the energy use of in situ product recovery techniques for the Acetone Butanol Ethanol fermentation » Bioresource Technology, 2016, 220, 590-600).
Lorsque la fermentation est mise en œuvre en mode discontinu (ou batch) ou en mode semi- continu (ou fed-batch), les termes « flux » désignent les quantités introduites ou sortant du(ou des) bioréacteur(s), par lot.
Selon un troisième mode de réalisation particulier de l’invention, la fermentation peut être mise en œuvre en mode « continu simple », appelé encore mode continu avec cellules libres. Le (ou les) bioréacteur(s) est(sont) alors alimenté(s) en continu par la solution aqueuse de sucres et le flux d’acétone recyclé, et éventuellement un flux d’acétone exogène. Le débit d’alimentation en ladite solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6, à une concentration avantageusement comprise entre 1 à 900 g/L, préférentiellement entre 10 et 600 g/L, de manière préférée entre 20 et 500 g/L, de manière très préférée entre 25 et
150 g/L, est ajusté de sorte que le taux de dilution dans le (ou les) bioréacteur(s), exprimé en h-1 et correspondant à l’inverse du temps de séjour (c’est-à-dire au débit de ladite solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 divisé par le volume, c’est-à-dire du volume utile, des bioréacteurs), comme bien connu de l’homme du métier, est compris entre 0,01 et 0,05 h 1, de préférence entre 0,0125 et 0,033 h 1. Le débit d’alimentation en ledit flux d’acétone recyclé, et éventuellement ledit flux d’acétone exogène, est ajusté comme indiqué plus haut, de sorte que concentration en acétone alimentant le bioréacteur par rapport à la somme des flux liquides alimentant le bioréacteur (c’est-à-dire la solution aqueuse de sucres, le flux d’ acétone recyclé et éventuellement le flux d’acétone exogène) est inférieure ou égale à 10 g/L, de préférence inférieure ou égale à 5 g/L, préférentiellement inférieure ou égale à 2 g/L, et de préférence supérieure strictement à 0, préférentiellement supérieure ou égale à 0,01 g/L, de manière préférée supérieure ou égale à 0,1 g/L. Avantageusement, dans le cas d’une fermentation mise en œuvre en mode continu simple, la concentration en microorganisme dans le milieu réactionnel, appelé encore milieu de fermentation, est comprise entre 108et 1011 cellules/mL de milieu réactionnel, de préférence entre 109 et 101° cellules/mL de milieu réactionnel. Une agitation continue du milieu réactionnel dans le (ou les) bioréacteur(s) est avantageusement maintenue pour homogénéiser ledit milieu réactionnel. Dans ce mode de réalisation, les microorganismes et les produits formés sont soutirés, en continu ou par puise, du (ou des) bioréacteur(s). Une technique ISPR, comme décrite ci-avant, peut en outre être appliquée pour éliminer le butanol, toxique pour les bactéries.
Selon un autre mode de réalisation particulier de l’invention, la fermentation peut être mise en œuvre en mode « continu supporté », appelé encore mode continu confiné ou mode continu avec immobilisation cellulaire. Les microorganismes forment alors un film, ou biofilm, sur un support solide, par exemple composé d’un matériau inorganique poreux, comme des argiles, d’une mousse métallique, d’une mousse polymérique, en particulier une mousse polyuréthane, la mousse polyuréthane étant préférée (cf. FR 3 086 670). Avantageusement, dans le cas d’une fermentation mise en œuvre en mode continu supporté, la concentration en microorganisme est comprise entre 107 et 1010 cellules/cm3 de support solide, de préférence entre 108 et 109 cellules/cm3 de support solide. Le support solide inoculé, c’est-à- dire le support solide contenant le biofilm de microorganisme, de préférence la mousse polyuréthane inoculée, est alors placé dans le ou chaque bioréacteur de sorte que le volume de support solide inoculé représente de préférence entre 1 et 50% du volume utile du bioréacteur, de manière préférée entre 5 et 30% du volume utile du bioréacteur. Le (ou les)
bioréacteur(s) est(sont) alors alimenté(s) en continu par la solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6, à une concentration avantageusement comprise entre 1 à 900 g/L, préférentiellement entre 10 et 600 g/L, de manière préférée entre 20 et 500 g/L, de manière très préférée entre 25 et 150 g/L, et le flux d’acétone recyclé, et éventuellement un flux d’acétone exogène. Le débit d’alimentation du (ou des) bioréacteur(s) en ladite solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 est ajusté de sorte que le taux de dilution, exprimé en h 1 et correspondant à l’inverse du temps de séjour (c’est-à-dire au débit de ladite solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 divisé par le volume, c’est-à-dire du volume utile, des bioréacteurs), comme bien connu de l’homme du métier, est compris entre 0,01 et 0,40 h 1, de préférence entre 0,015 et 0,30 h 1, de manière préférée entre 0,02 et 0,20 h 1. Le débit d’alimentation en ledit flux d’acétone recyclé, et éventuellement ledit flux d’acétone exogène, est ajusté comme indiqué plus haut, de sorte que concentration en acétone alimentant le bioréacteur par rapport à l’ensemble des flux liquides alimentant le bioréacteur (c’est-à-dire la solution aqueuse de sucres, le flux d’acétone recyclé et éventuellement le flux d’acétone exogène) est inférieure ou égale à 10 g/L, de préférence inférieure ou égale à 5 g/L, préférentiellement inférieure ou égale à 2 g/L, et de préférence supérieure strictement à 0, préférentiellement supérieure ou égale à 0,01 g/L, de manière préférée supérieure ou égale à 0,1 g/L. Une agitation continue du milieu réactionnel dans le (ou les) bioréacteur(s) est avantageusement maintenue pour homogénéiser ledit milieu réactionnel. Dans ce mode de réalisation, les microorganismes et les produits formés sont soutirés, en continu ou par puise, du (ou des) bioréacteur(s). Une technique ISPR, comme décrite ci-avant, peut en outre être appliquée pour éliminer le butanol, toxique pour les bactéries.
De manière préférée, la fermentation est mise en œuvre en mode continu simple ou continu avec immobilisation cellulaire, et préférentiellement en mode continu avec immobilisation cellulaire.
Ladite étape a) permet la production de gaz de fermentation, en particulier comprenant du dioxyde de carbone (CO2) et de l’hydrogène, et d’un moût de fermentation contenant des produits fermentaires comprenant du butanol, de l’éthanol, de l’isopropanol et de l’acétone.
Etape b)
Conformément à l’invention, le procédé de production d’alcools comprend une étape b) de de récupération des produits fermentaires générés à l’étape a), pour obtenir un flux de produits fermentaires.
Cette étape consiste avantageusement au moins à séparer les produits fermentaires, comprenant en particulier le butanol, de l’éthanol, de l’isopropanol et de l’acétone en mélange avec de l’eau, du moût de fermentation et des gaz de fermentation.
Cette séparation peut être réalisée par toute méthode connue de l’Homme du métier. Par exemple, le procédé de récupération d’alcools dans un fermenteur décrit dans la demande WO 2018/001628 peut tout particulièrement être mis en œuvre dans cette étape b).
Ledit flux de produits fermentaires obtenu à l’issu de l’étape b) comprend en particulier de l’isopropanol, du n-butanol, de l’éthanol et de l’acétone, en mélange avec de l’eau.
Etape c)
Conformément à l’invention, le procédé de production d’alcools comprend une étape c) de de traitement du flux de produits fermentaires issu de l’étape b). Ladite étape c) met en œuvre au moins une section de séparation de l’acétone pour produire au moins un effluent acétone et un effluent aqueux d’alcools. Ledit effluent aqueux d’alcools comprend en particulier du butanol, de l’éthanol et de l’isopropanol.
La séparation de l’acétone du flux de produits fermentaires peut être opérée selon toute méthode connue de l’Homme du métier, comme par exemple par distillation(s), fractionnement(s), etc. Elle peut notamment mettre en œuvre une succession de distillations. Ainsi dans un mode de réalisation particulier de l’invention, l’étape c) met en œuvre dans ladite section de séparation de l’acétone : c-1) une distillation du flux de produits fermentaires issu de l’étape b) dans une colonne à bière pour obtenir en fond de ladite colonne à bière un flux d’eau et en tête de colonne à bière un mélange aqueux de solvants, c-2) une distillation du mélange aqueux de solvants dans une colonne de distillation, pour obtenir en tête de colonne ledit effluent acétone et en fond de colonne ledit effluent aqueux d’alcools.
Le mélange aqueux de solvants extrait en tête de la colonne à bière de l’étape c-1) de ce mode de réalisation particulier comprend de l’eau, du butanol, en particulier du n-butanol, de l’éthanol, de l’isopropanol et de l’acétone. Ladite colonne à bière de l’étape c-1) peut avantageusement être équipée d’un système de rebouillage, de préférence par recompression des vapeurs de tête. Elle peut également comprendre un système de recycle de reflux.
Le mélange aqueux de solvants, extrait en tête de la colonne à bière de l’étape c-1) du mode de réalisation particulier, est ensuite envoyé dans une colonne de distillation, appelé encore « colonne à acétone ». Le rôle de la colonne à acétone de l’étape c-2) est de séparer l'acétone du flux d'alcools, l'acétone étant extrait en tête de la colonne, et de produire ledit effluent aqueux d’alcools, avantageusement concentré en isopropanol-butanol-éthanol, qui est soutiré en fond de ladite colonne à acétone.
Avantageusement, l’effluent acétone obtenu à l’issue de l’étape c) présente une concentration en acétone supérieure ou égale à 95% poids, de préférence supérieure ou égale à 98% poids, de manière préférée supérieure ou égale à 99,5% poids par rapport au poids dudit effluent acétone. L’effluent aqueux d’alcools comprend, quant à lui, de l’eau et un mélange d’alcools, lesdits alcools étant ceux avantageusement produits lors de la fermentation IBE, en particulier le n-butanol (nommé butanol), l’éthanol et l’isopropanol.
L’étape c) peut éventuellement comprendre en outre une section de séparation des alcools. Ladite éventuelle section de séparation des alcools comprend une colonne de distillation, alimentée par l’effluent aqueux d’alcools issu de la section de séparation de l’acétone. Elle permet de séparer au moins un effluent butanol et un effluent hydroalcoolique comprenant l’éthanol et l’isopropanol.
Etape d)
Conformément à l’invention, le procédé de production d’alcools comprend une étape d) de de recyclage de l’acétone. Cette étape de recyclage de l’acétone met en œuvre au moins une section de transfert pour recycler au moins une fraction de l’effluent acétone issu de l’étape c) vers l’étape a). Ladite fraction de l’effluent acétone qui est recyclée vers l’étape a) constitue le flux acétone recyclé qui alimente la section réactionnelle de ladite étape a) du procédé selon l’invention.
Le procédé selon l’invention peut fonctionner en mode continu, discontinu ou semi-continu, comme décrit plus avant. De préférence, le procédé fonctionne en mode continu, et de manière préférée, en mode continu confiné.
Le procédé selon l’invention permet ainsi de réintégrer l’acétone co-produit au milieu fermentaire, dans le bioréacteur, pour le faire réassimiler par les microorganismes et le convertir en isopropanol. La réassimilation de l’acétone étant quasi complète, le rendement en isopropanol est amélioré, entre 4 et 6% poids de gain selon les souches de Clostridium
utilisées, par rapport à un procédé utilisant la même souche et la même quantité de microorganismes naturels mais sans le système de recyclage et réassimilation de l’acétone co-produit. Le procédé selon l’invention permet donc une augmentation du rendement global de conversion des sucres en alcools par rapport à un procédé de fermentation IBE sans valorisation du co-produit acétone.
Le procédé selon la présente invention permet également de valoriser de l’acétone exogène audit procédé en le convertissant en isopropanol, et notamment à des pressions faibles par rapport à un procédé conventionnel utilisant voie chimique.
Les figures intégrées à la présente description et les exemples qui suivent sont présentés à titre illustratif et non limitatif du procédé selon l’invention.
Selon l’invention, en particulier dans les exemples, l’unité de poids « tonne » s’écrit « t », l’unité de poids « gramme » s’écrit « g », l’unité de temps « heure » s’écrit « h ».
Liste des figures
Figure 1
La Figure 1 représente de manière schématique un arrangement particulier du procédé selon l’invention. Une solution aqueuse de sucres en C5 et/ou C6 (1) alimente une section réactionnelle (R1) comprenant au moins un bioréacteur. Ledit bioréacteur comprend un microorganisme convertissant naturellement les sucres en alcools isopropanol, butanol et éthanol. Les produits fermentaires (2) obtenus après fermentation IBE des sucres sont récupérés et introduits dans une section de séparation de l’acétone (C) qui sépare un effluent acétone (3) entièrement recyclé vers la section réactionnelle (R1) et un effluent aqueux d’alcools (4) comprenant l’isopropanol, le butanol et l’éthanol.
Figure 2
La Figure 2 représente un autre arrangement particulier du procédé selon l’invention. Le procédé schématisé en Figure 2 comprend en plus par rapport au procédé schématisé à la Figure 1, une alimentation en acétone exogène (5) de telle sorte que la concentration totale en acétone alimentant la section (R1) est inférieure ou égale à 10 g/L, de préférence inférieure ou égale à 5 g/L, de manière préférée inférieure ou égale à 2 g/L, et de préférence supérieure strictement à 0, préférentiellement supérieure ou égale à 0,01 g/L, de manière préférée supérieure ou égale à 0,1 g/L, par rapport à l’ensemble des flux alimentant ladite section (R1).
Exemples
Les exemples ci-dessous sont construits à partir des résultats issus de tests laboratoire réalisés en présence de microorganismes du genre Clostridium et notamment avec la souche DSM6423 qui produit naturellement à partir des sucres en C5 et/ou C6 des solvants selon la répartition en Isopropanol / Butanol / Ethanol / Acétone : 36% / 60% / 2% / 2%, exprimée en pourcentage pondéral.
Exemple 1 (non conforme)
L’Exemple 1 illustre un procédé de fermentation IBE en présence de la souche de Clostridium beijerinckii DSM6423, sans système de recyclage de l’acétone co-produit. C’est un procédé conforme à l’art antérieur.
L'unité de production fermentaire met en œuvre une unité de fermentation comprenant 4 fermenteurs qui traite une solution aqueuse de glucose (sucre en C6) de 62,5 g/L. Le volume utile total des fermenteurs de l'unité de fermentation est de 14000 m3. La consommation de sucres de l’usine est d’environ 125 000 t/an de glucose, correspondant à un débit de 250000 L/h de solution aqueuse de glucose, soit un taux de dilution de 0,022 h 1. Les fermenteurs fonctionnent à 37°C, à pression atmosphérique et à un pH compris entre 4,5 et 6. L’unité fonctionne en mode continu simple. La quantité de microorganismes est comprise entre 109 et 101° cellules/mL de milieu réactionnel.
L’unité de production comprend également une unité de traitement des solvants produits, notamment une unité de séparation de l’acétone, comprenant une colonne à bière suivie d’une colonne à acétone, pour séparer l’acétone produite des alcools.
L’unité de production produit 40 000 tonnes de solvants par an.
Le Tableau 1 résume les quantités des différents solvants produits.
Tableau 1
Le rendement total du glucose en solvants (acétone + éthanol + isopropanol + butanol) est de 0,320 kg/kg (c’est-à-dire kg de solvants produits par kg de glucose consommé) et le taux de conversion du glucose en alcools (éthanol + isopropanol + butanol) est de 0,314 kg/kg.
Exemple 2 (conforme)
L’Exemple 2 illustre un procédé conforme à l’invention. L’Exemple 2 illustre en effet un procédé de fermentation IBE en présence de la souche de Clostridium beijerinckii DSM6423, avec un système de recyclage de l’acétone co-produit.
Les paramètres et conditions opératoires du procédé décrit dans l’Exemple 1 sont repris. L’unité de production comprend en plus un système de recyclage de l’acétone co-produit et séparé dans l’unité de séparation dédiée. Un flux d’environ 100 000 g/h d’acétone est ainsi produit et recyclé en continu vers les fermenteurs. Tout l’effluent acétone séparé est recyclé vers l’unité de fermentation.
La concentration en acétone de l’ensemble des flux alimentant le bioréacteur est de 0,4 g/L tout au long de la production.
Le Tableau 2 présente les quantités des différents solvants produits, par le procédé décrit dans l’Exemple 2.
Tableau 2
Le rendement total du glucose en solvants (acétone + éthanol + isopropanol + butanol) est toujours de 0,320 kg de solvants par kg de glucose mais le taux de conversion du glucose en alcools (éthanol + isopropanol + butanol), obtenu selon le procédé de l’Exemple 2, est de 0,319 kg/kg, au lieu de 0,314 kg/kg, obtenu par le procédé non conforme de l’Exemple 1.
La souche de Clostridium beijerinckii DSM6423 présente dans les fermenteurs de l’unité de fermentation a assimilé l’acétone réintroduite et l’a converti en isopropanol avec un rendement de l’acétone en isopropanol de 90% poids (90% = 100x(15 120-14400)/800). .
Le gain de production en isopropanol est d’environ 5,0 % poids (5,0% = (15120- 14400)/14400) par rapport au procédé décrit dans l’Exemple 1 (non conforme) qui ne comprend pas de système de valorisation de l’acétone.