DISPOSITIF ENDO-BUCCAL DE STIMULATION TACTILE ET D'ACTIONNEMENT
DOMAINE DE L'INVENTION L'invention se rapporte à un dispositif endo-buccal de stimulation tactile, pouvant comporter en outre des éléments d'actionnement.
ARRIERE-PLAN DE L'INVENTION
Les dispositifs de stimulation tactile ont connu un développement important depuis quelques années. Ils ont pour objectif d'envoyer des informations à un individu, au moyen de stimulations tactiles, notamment électro-tactiles ou vibro- tactiles.
A cet effet, on cherche à implanter le dispositif dans une région du corps munie de nombreuses terminaisons nerveuses, de manière à bénéficier d'une réceptivité optimale vis-à-vis de ces stimulations.
En ce qui concerne la stimulation électro-tactile, des dispositifs stimulant la langue et le palais ont été développés. En particulier, Bach-y-Rita (brevet US 6,430,450) a développé un dispositif d'électro-stimulation linguale comprenant une matrice de stimulateurs implantés dans un palais artificiel, de sorte que, lorsque la langue entre en contact avec le palais, des informations peuvent lui être transmises. Ce dispositif bénéficie de la très grande sensibilité de la partie antérieure de la langue, due à un grand nombre de terminaisons nerveuses, et sur la très grande mobilité de cet organe, qui entre fréquemment spontanément en contact avec le palais. Ce type de dispositif connaît des applications très variées, telles que la compensation de déficiences visuelles, la prise en charge des troubles de l'équilibre (WO 2005/051329), ou encore la prévention des escarres et des ulcères plantaires (WO 2006/008406).
Toutefois, il présente des inconvénients ; en particulier le palais artificiel représente un encombrement important de la cavité buccale et génère des difficultés d'élocution et de déglutition. Son efficacité est en outre dépendante de la mobilité de la langue, qui varie selon les individus ; or, dans le cas où la langue est peu mobile, il risque de s'écouler un laps de temps important entre l'émission du signal et sa perception par l'individu.
De plus, la matrice de stimulateurs, comme le palais, est sensiblement plane, de sorte qu'elle permet aisément de transmettre des informations spatiales tridimensionnelles (2D), par exemple du type gauche / droite / avant / arrière. Par contre, pour la transmission d'informations tridimensionnelles (3D), intégrant également les notions de haut / bas, il est nécessaire de recourir à un transcodage des informations 3D en signal 2D. Ceci implique également un apprentissage de la part de l'individu pour le rendre apte à reconnaître ces informations. Or, on sait que la durée et le succès de l'apprentissage sont très variables d'un individu à l'autre. II a également été développé, pour la navigation en aveugle, un dispositif d'électro-stimulation du palais, comprenant en outre une interface tactile actionnable avec la langue (article de Tang et Beebe, An Oral Tactile Interface for Blind Navigation, IEEE Transactions on neural Systems and rehabilitation engineering, Vol. 14, N°1 , March 2006, p. 1 16-123), mais ce dispositif nécessite également un palais artificiel avec une matrice 2D et présente donc les mêmes inconvénients.
D'autres sites de stimulation ont donc été envisagés, par exemple, la lèvre inférieure (on pourra à cet égard se référer à l'article de Shim et al, System Development for multichannel electrotactile stimulation on the lips, Médical Engineering & Physics, Vol. 28, N°7, Sept. 2006, p. 734-739), mais la surface disponible pour la stimulation est beaucoup plus restreinte, et l'installation peu esthétique.
Une implantation sous-cutanée a également été mise en œuvre (faisant notamment l'objet de la demande WO 2005/040989). Cependant, elle nécessite une opération chirurgicale pour l'installation et le retrait éventuel du dispositif, et se révèle donc une méthode beaucoup plus contraignante. En outre, l'implantation est généralement effectuée dans une région du corps sensiblement plane, telle que le dos, l'abdomen ou la cuisse, et n'est donc pas adaptée à la transmission d'informations 3D. Un premier but de l'invention est donc de fournir un dispositif de stimulation tactile, implanté dans une région du corps présentant une grande sensibilité, mais peu encombrant et esthétique, et auquel on peut associer des éléments d'actionnement. Un autre but de l'invention est de permettre la perception d'un signal par l'individu dès son émission, indépendamment de paramètres tels que
la mobilité de la langue. Un autre but de l'invention est de développer un dispositif de stimulation tactile permettant la transmission d'informations 3D sans transcodage.
BREVE DESCRIPTION DE L'INVENTION
A cet effet, l'invention propose un dispositif de stimulation tactile d'un individu, comprenant au moins un trois stimulateurs répartis dans la cavité buccale au contact des gencive de l'intérieur des lèvres et/ou des joues de l'individu de manière à lui communiquer des informations tridimensionnelles. De manière particulièrement avantageuse, le dispositif comprend au moins quatre stimulateurs n'appartenant pas à un même plan.
La stimulation est effectuée au moyen d'un signal d'impulsions électriques ou mécaniques.
De manière optionnelle, chaque stimulateur comprend une matrice d'éléments de stimulation.
Le dispositif comprend en outre une source d'énergie, des moyens de génération d'un signal en fonction d'une information à transmettre à l'individu, et chaque stimulateur comprend des moyens de réception dudit signal.
En amont des moyens de génération du signal, le dispositif peut comprendre des moyens de traitement d'informations issues de capteurs.
De manière particulièrement avantageuse, les différents composants du dispositif sont reliés par des moyens de transmission sans fil.
Selon un mode particulier de réalisation, la source d'énergie et/ou les moyens de réception présentent des dimensions telles qu'ils puissent être insérés dans un espace inter-dentaire, ou dans une prothèse dentaire.
De manière optionnelle, le dispositif comprend en outre des moyens de commande, par l'individu, d'au moins un actionneur.
Selon un mode préféré de réalisation, le dispositif comprend au moins un support apte à être fixé de manière amovible sur une dent, et en ce qu'un stimulateur, le cas échéant des moyens de commande d'au moins un actionneur, les moyens de réception, et/ou la source d'énergie dudit stimulateur et, le cas échéant, desdits moyens de commande, sont solidaires dudit support.
Selon un autre mode de réalisation, le dispositif comprend :
- au moins un capteur de mesure d'une grandeur physique ou un moyen de réception d'une information extérieure,
- des moyens de traitement de la valeur mesurée ou de l'information reçue,
- des moyens de génération d'un signal vers un stimulateur choisi parmi une série de stimulateurs, en fonction de la valeur ou de l'information traitée, ladite information extérieure pouvant être un signal codé émis par un autre individu également équipé d'un dispositif de stimulation et d'actionnement conforme à l'invention comprenant au moins un moyen de commande, l'émission du signal étant effectuée par un moyen de commande de ce dispositif.
L'invention concerne aussi un procédé de communication d'information au moyen d'un dispositif selon l'invention tel que défini ci-dessus et ci-après.
BREVE DESCRIPTION DES DESSINS D'autres caractéristiques et avantages de l'invention ressortiront de la description détaillée qui va suivre, en référence aux figures annexées sur lesquelles :
- la figure 1 représente schématiquement les régions de la cavité buccale où l'invention peut être mise en œuvre, - la figure 2 illustre un exemple de mise en œuvre de l'invention dans le cadre de la restitution d'une image (suppléance visuelle),
- les figures 3 et 4 illustrent un dispositif embarqué pouvant être clippé sur une ou plusieurs dents.
DESCRIPTION DETAILLEE DE L'INVENTION
Le dispositif conforme à l'invention est basé sur la stimulation électrotactile ou vibro-tactile de la cavité buccale, et plus précisément des gencives ou de l'intérieur des joues, voire les lèvres. Sur la figure 1 , le trait en pointillés délimite de manière schématique la cavité endo-buccale CEB et les régions concernées par la stimulation : les gencives supérieures GS et inférieures Gl, l'intérieur des joues IJ et les lèvres L.
Il s'avère en effet que ces régions de la cavité buccale sont presque aussi sensibles que la zone palatine ou la langue, et se prêtent donc bien à la stimulation tactile.
D'une manière générale, le dispositif selon l'invention comprend : des moyens de génération d'un signal en fonction d'une ou plusieurs information(s) à transmettre à l'individu, au moins un stimulateur apte à recevoir ce signal, situé, à l'intérieur de la cavité buccale, au contact d'une gencive, de l'intérieur des lèvres ou de la paroi d'une joue, et au moins une source d'énergie apte à alimenter les moyens de génération du signal, les moyens de réception (typiquement, par radio) du signal et le stimulateur. De préférence, au moins un deuxième stimulateur est placé de manière symétrique dans la cavité buccale, ce qui permet de transmettre à l'individu des informations bidimensionnelles.
De manière encore plus avantageuse, on dispose au moins trois stimulateurs au contact des gencives ou de l'intérieur des joues ou des lèvres (par exemple, deux disposés symétriquement dans un plan horizontal et un troisième disposé au-dessus ou en-dessous de ce plan) de manière à transmettre à l'individu des informations tridimensionnelles.
Selon un mode préféré de réalisation, on dispose au moins quatre stimulateurs de telle sorte qu'ils n'appartiennent pas à un même plan. En effet, la cavité buccale peut être assimilée à une géode, sur la surface de laquelle on projette une image. En répartissant un nombre approprié de stimulateurs sur cette surface courbe, on peut transmettre à l'individu des informations qui sont de nature tridimensionnelle, et ce, sans transcodage. Ceci constitue un avantage considérable par rapport aux dispositifs connus, qui sont tous sensiblement bidimensionnels, comme par exemple les matrices d'électrodes implantées sur le palais et utilisées pour l'électro-stimulation linguale décrites dans le brevet US 6,430,450.
Le nombre de stimulateurs et leur localisation dans la cavité buccale sont définis en fonction du nombre et de la nature des informations à transmettre ou, dans le cas particulier où l'information est une image, du niveau de définition de l'image que l'on souhaite restituer. Le nombre de stimulateurs est toutefois limité par le pouvoir discriminant des régions sur lesquelles ils sont disposés (gencives, lèvres ou joues), qui est de l'ordre de 2 à 3 mm.
Ainsi, la figure 2 représente une tête sur laquelle on délimite par un trait discontinu : dans la partie gauche, l'intérieur du visage, dans la partie droite, l'extérieur du visage. La cavité endo-buccale CEB est délimitée schématiquement par le trait en pointillés. A l'intérieur de celle-ci, on a disposé une pluralité de stimulateurs 1 , par exemple des électrodes. Les stimulateurs 1 sont schématisés par des pastilles, les pastilles blanches correspondant à des stimulateurs inactifs, les pastilles noires correspondant aux stimulateurs actifs permettant de transmettre à l'individu l'image 3D de la lettre « C ».
La stimulation délivrée par le dispositif peut être de nature électro-tactile ou vibro-tactile.
Chaque stimulateur peut être ponctuel ou se présenter sous la forme d'une matrice comprenant une pluralité d'éléments de stimulation, ce qui permet d'augmenter la surface de stimulation. En outre, chaque élément de stimulation peut être alimenté par un signal électrique différent (en intensité et/ou en fréquence), ce qui permet d'augmenter le nombre d'informations que l'on peut transmettre, en définissant au préalable sur la matrice une cartographie des informations. De manière alternative, tous les éléments de stimulation peuvent être alimentés par le même signal électrique.
Dans le cas d'une stimulation électro-tactile, le stimulateur comprend un générateur d'impulsions électriques pouvant se présenter sous la forme d'une électrode ou d'une matrice d'électrodes. Typiquement, une matrice d'électrodes comprend environ 16 électrodes par cm2.
Dans le cas d'une stimulation vibro-tactile, le stimulateur comprend un dispositif électromécanique noyé dans un support et propre à le faire vibrer. Un tel dispositif électromécanique est par exemple un vibrateur ou un actionneur piézo-électrique, ou une matrice de vibrateurs comprenant typiquement environ
16 vibrateurs par cm2.
L'homme du métier saura définir les électrodes ou vibrateurs appropriés, notamment parmi ceux décrits dans le brevet US 6,430,450.
De manière particulièrement avantageuse, le dispositif comprend en outre des moyens de commande d'un ou plusieurs actionneurs. Ainsi, l'individu a la possibilité non seulement de recevoir des informations, mais aussi d'exécuter des commandes. A cet effet, les moyens de commande se présentent par
exemple sous la forme d'un ou plusieurs éléments d'actionnement (tels que des boutons poussoirs ou des contacteurs) que l'on peut par exemple enfoncer par légère pression de l'extrémité de la langue. Une interface se présentant sous la forme d'un clavier à plusieurs boutons (dénommée « Tongue Touch Keypad »), intégrée à un palais artificiel, est décrite par exemple dans l'article de Tang et Beebe cité plus haut. La pression de la langue sur le bouton génère un signal électrique qui est transmis à l'actionneur du dispositif que l'on souhaite commander. Des exemples concrets seront décrits plus bas.
Conformément à l'invention, chacun des boutons poussoirs est disposé dans la cavité buccale, par exemple contre une dent ou sous la langue, de manière à être accessibles aisément par la langue de l'individu, comme illustré à la figure 4 qui sera décrite plus bas.
Il est en outre possible de miniaturiser la source d'énergie et/ou les moyens de réception de manière à pouvoir les insérer dans une cavité interdentaire, par exemple à l'intérieur d'une prothèse dentaire installée à la place d'une dent de sagesse. De manière encore plus avantageuse, on peut réaliser des stimulateurs indépendants complètement autonomes : à cet effet, on intègre à un crochet apte à être clippé sur une dent, un microprocesseur consommant très peu d'énergie, une pile miniature et un stimulateur, voire un élément d'actionnement.
La mise en place des stimulateurs dans la cavité buccale peut se faire par différents moyens, selon l'utilisation - routinière ou occasionnelle - qui sera faite du dispositif.
Ainsi, pour un individu qui doit pouvoir être stimulé en permanence, comme c'est le cas dans la suppléance de déficiences perceptives, on pourra choisir de coller les stimulateurs sur les gencives ou sur les parois internes des lèvres ou joues. Le choix de la colle appropriée est à la portée de l'homme du métier. Il est également envisageable de fixer par des points de suture des supports de stimulateurs.
En revanche, pour des utilisations occasionnelles - typiquement, les applications de guidage ou multimédia décrites plus bas - on préférera un mode de mise en place et de retrait plus simple. A cet effet, on peut par
exemple disposer le stimulateur sur un crochet apte à être clippé sur une dent ou dans un intervalle inter-dentaire, de sorte que le stimulateur soit au contact de la gencive ou de la paroi interne de la joue. Ainsi, l'utilisateur est apte à poser et à retirer lui-même les stimulateurs. Un tel dispositif embarqué est représenté à la figure 3. Le dispositif embarqué 10 de stimulation et d'actionnement comprend, sur un support 2 apte à être clippé sur une ou plusieurs dents, un stimulateur 1 (par exemple, une électrode), un microprocesseur 3 avec une pile, et un élément d'actionnement 4 (par exemple, un bouton poussoir). Le stimulateur 1 est disposé, sur le support 2, de préférence du côté extérieur de la gencive, de manière à être au contact soit de la gencive, soit de l'intérieur de la joue. L'élément d'actionnement 4 est situé de préférence du côté intérieur de la gencive, de manière à être accessible par la langue.
Selon un mode de réalisation préféré, la transmission des signaux se fait au moyen d'une liaison sans fil, ce qui simplifie la mise en place du dispositif et en permet une utilisation discrète. La définition des moyens de transmission est à la portée de l'homme du métier.
Fonctionnement du dispositif
Lorsqu'une information doit être transmise à l'individu par l'intermédiaire des stimulateurs, des signaux sont envoyés vers ceux-ci.
On précise que les signaux transmis correspondent soit à une information brute, soit à une information traitée. Les informations sont issues d'un ou plusieurs capteurs qui peuvent faire partie de l'environnement de l'individu, lui être attachés ou être attachés à un autre individu. Les capteurs eux-mêmes sont connus de l'homme du métier qui saura les choisir en fonction de l'application. Parmi les capteurs, on peut citer des caméras, des capteurs de pression, des capteurs de température, des capteurs de fréquence cardiaque ou tout autre moyen d'analyse d'un environnement déterminé, comme par exemple les composantes physiologiques d'un individu. Les capteurs peuvent également mesurer des informations qui ne sont pas perceptibles directement par l'individu, comme par exemple la vision nocturne, dans des applications militaires, ou encore la
présence de substances toxiques. Des exemples plus détaillés seront décrits plus bas.
Par « information brute », on entend une mesure directement issue d'un capteur, qui est simplement transformée en signal d'impulsions par le générateur de signaux.
Par « information traitée », on entend par exemple une alerte qui n'est déclenchée que lorsqu'un seuil prédéterminé est dépassé. Le traitement consiste dans ce cas à la comparaison de la valeur mesurée par le capteur avec ce seuil. Ceci permet de ne stimuler l'individu que lorsqu'une situation particulière - notamment un risque - doit lui être signalée. Par exemple, dans la prévention d'escarres, on n'alerte le patient que lorsque la pression au niveau de la zone d'appui d'un membre est supérieure à un seuil donné. Le traitement peut également être plus complexe et permettre de produire des informations dites « fusionnées », c'est-à-dire des informations résultant de la combinaison de signaux issus de différents capteurs (par exemple : pression, humidité, température), et la génération d'une alerte lorsqu'un seuil prédéterminé est dépassé. Ce seuil peut bien sûr être adapté en fonction de l'individu ou des conditions d'utilisation du dispositif.
En fonction du type d'informations que l'on doit transmettre à l'individu, le dispositif de stimulation conforme à l'invention pourra donc comprendre, en amont du générateur de signaux, une unité de traitement des informations issues des capteurs.
Chaque signal présente un codage propre à activer chacun des stimulateurs. Dans le cas où les stimulateurs se présentent sous la forme de matrices d'éléments de stimulation, le signal peut être codé de manière à activer des zones prédéfinies de la matrice. Le mode de codage est choisi en fonction de la nature de l'information, de l'individu et de sa capacité à analyser la situation.
Selon les cas, chaque élément de stimulation émet alors une impulsion électrique ou vibratoire qui est perçue par l'individu et associée à une information donnée.
Le dispositif selon l'invention peut avantageusement être employé dans les applications suivantes.
Exemple 1 - Substitution ou suppléance visuelle
Un premier exemple d'application de l'invention concerne la substitution visuelle (pour les aveugles) ou la suppléance visuelle (pour les malvoyants : « basse vision »). La suppléance visuelle peut concerner toute personne momentanément en situation de déficience visuelle, par exemple dans l'obscurité ou le brouillard. L'invention peut ainsi s'appliquer avantageusement à des pilotes d'avion circulant dans le brouillard : la stimulation endo-buccale peut leur indiquer la position à tenir, voire les avertir d'éventuels dangers (obstacles) ou d'une déviation par rapport à leur cap. A cet effet, l'invention propose l'utilisation d'un dispositif (par exemple le couplage d'au moins deux caméras) permettant de reconstituer une image 3D, l'échantillonnage par une unité de traitement qui décompose l'image 3D en une pluralité d'éléments correspondant à des « voxels » (eux-mêmes projetés en une suite de « pixels » 2D, par exemple projetés sur une surface 3D de type géode), chaque pixel étant associé à un stimulateur placé dans la cavité endo- buccale. De manière particulièrement avantageuse, les stimulateurs sont répartis de manière homogène à l'intérieur de la cavité buccale, qui a sensiblement la forme d'une géode. La décomposition de l'image en une pluralité de signaux envoyés à chacun des stimulateurs peut alors être assimilée à la projection de l'image 3D sur la géode buccale, comme illustré à la figure 2.
Cette projection présente un double avantage.
D'une part, elle permet à l'utilisateur d'interpréter facilement les informations transmises, puisqu'elle retransmet de façon relativement fidèle, sans transcodage, la réalité 3D.
D'autre part, on sait que les régions de la cavité buccale ont un pouvoir discriminant de l'ordre de 2 ou 3 mm, ce qui signifie que, pour une surface donnée, le nombre de stimulateurs que l'on peut implanter est limité. Ainsi, dans les matrices d'électrodes palatines de l'art antérieur, les matrices ont une surface maximale de 4 cm x 4 cm, sur laquelle on peut implanter au maximum 12 x 12 électrodes. En revanche, l'invention permet d'installer des stimulateurs sur toute la surface intérieure de la cavité buccale, qui est nettement plus grande. Il est donc possible d'augmenter en conséquence le nombre de
stimulateurs, ce qui permet de transmettre à l'individu une représentation plus fine de l'image 3D.
Exemple 2 - Suppléance de déficiences perceptives Un autre exemple dans l'assistance au handicap concerne la suppléance de déficiences perceptives, chez des individus para ou tétraplégiques, diabétiques, ou encore amputés. L'invention permet de transmettre à l'individu les informations issues de capteurs.
Par exemple, pour les patients immobilisés susceptibles de souffrir d'escarres, des capteurs de pression situés sur les membres en contact avec le lit ou le fauteuil, effectuent des mesures qui font l'objet d'un traitement de sorte qu'un signal est envoyé au patient si les pressions mesurées dépassent un seuil prédéterminé. Avec le dispositif conforme à l'invention, on dispose au moins quatre stimulateurs correspondant à des informations de type droite / gauche / avant / arrière, qui indiquent à l'individu comment déplacer le membre pour éviter la formation d'escarres. De manière encore plus avantageuse, on peut disposer au moins un autre stimulateur qui donne à l'individu la consigne de se soulever.
Ce type d'application se prête particulièrement bien à l'incorporation, au dispositif de stimulation, d'au moins un moyen de commande d'un actionneur, tel que décrit plus haut.
Ainsi, on peut équiper un fauteuil roulant d'actionneurs recevant des signaux transmis par les moyens de commande. En équipant l'individu de 6 boutons poussoirs, on peut par exemple lui permettre de commander le déplacement de son fauteuil vers la gauche ou la droite, vers l'avant ou l'arrière, mais aussi de commander la montée ou la descente de l'assise ou encore le basculement de celle-ci vers l'avant ou vers l'arrière. Selon le nombre de degrés de liberté souhaités, on disposera les moyens de commande dans la cavité buccale de manière à ce qu'ils puissent être actionnés par la langue de l'individu de la manière la plus intuitive possible. Ce cas de figure est particulièrement adapté au patient tétraplégique dont la langue reste un des rares organes encore mobile.
Un autre exemple de la suppléance de déficiences perceptives concerne les pompiers en intervention sur un incendie. Leur veste peut être équipée de
capteurs de température, de CO2 ou de gaz toxiques, et les informations issues de ces capteurs leur sont transmises sous forme de stimulations endo-buccales afin de les avertir des situations à risque.
Exemple 3 - Localisation, guidage ou assistance à la navigation 3D
Cet exemple regroupe une grande diversité de situations. Un premier cas est celui d'un plongeur en eaux profondes, qui ne peut se servir de sa vue pour s'orienter. Si, comme représenté à la figure 4, il est équipé de 4 stimulateurs situés respectivement dans les régions gauche et droite, supérieure et inférieure de la cavité buccale, il peut recevoir par ce biais des indications sur la direction dans laquelle il doit se déplacer.
Un autre cas est celui du guidage du geste chirurgical. Lors d'une intervention, il est fréquent qu'un chirurgien effectue une insertion percutanée d'un outil, dont il doit connaître avec précision la position de l'extrémité dans le corps du patient. Des stimulateurs placés de manière appropriée dans sa bouche permettent de lui communiquer des informations sur l'inclinaison qu'il doit donner à son outil (vers l'avant / vers la gauche,...). On choisit le nombre de stimulateurs en fonction du nombre d'informations que l'on doit lui transmettre. En pareil cas, l'avantage de la stimulation endo-buccale est de permettre la transmission d'informations supplémentaires au praticien qui opère dans un environnement déjà saturé d'informations : l'opération sollicite en effet ses capacités auditives (communication avec ses assistants), manuelles (manipulation des outils) et visuelles (champ opératoire et surveillance ponctuelle des écrans de monitorage du patient). Un troisième cas concerne les spationautes, dont les organes vestibulaires ne fonctionnent plus en apesanteur. Or, il est important pour eux de connaître leur orientation dans l'espace. A l'heure actuelle, ils sont par exemple équipés de gilets avec des vibrateurs, qui sont lourds et rendent compte grossièrement de la réalité. L'utilisation du dispositif conforme à l'invention, avec au moins deux stimulateurs, situés par exemple l'un dans la partie supérieure et l'autre dans la partie inférieure de la cavité buccale, permettrait de leur indiquer, de manière plus confortable, la position de leur tête (en haut ou en bas).
Une autre possibilité d'application concerne le guidage d'un automobiliste par un système de type GPS (acronyme anglo-saxon de « Global Positioning
System »), où les directions à prendre (par rapport aux points cardinaux ou encore par rapport à l'axe routier où circule l'automobile) sont indiquées par stimulation endo-buccale. L'automobiliste est muni d'un nombre suffisant de stimulateurs permettant de lui transmettre toutes les directions possibles.
Exemple 4 - Applications multimédia et loisirs
Le dispositif selon l'invention peut avantageusement être utilisé dans le domaine des loisirs multimédia, tels que les jeux vidéo. A cet effet, une interface du jeu communique au joueur des informations tridimensionnelles, ce qui permet d'attirer son attention sur un événement qui peut provenir de toute part - par exemple, en lui signalant l'arrivée d'un objet en-dehors de son champ de vision et la provenance de cet objet. Comme ce type d'application suppose que le joueur soit actif, le dispositif de stimulation comprendra avantageusement des moyens de commande d'actionneurs tels qu'une manette de jeu.
Toujours dans le domaine multimédia, les moyens de commande peuvent permettre de déplacer une souris dans une application bureautique.
Exemple 5 - Communication Enfin, on peut utiliser le dispositif endo-buccal de stimulation et d'actionnement pour la communication entre deux individus au moyen d'un langage codé, tel que le morse par exemple. A cet effet, on équipe les deux individus de stimulateurs et d'éléments d'actionnement tels que décrits plus haut. L'individu « émetteur » active certains boutons avec sa langue selon un codage appris ; l'individu « récepteur » reçoit des stimulations qu'il interprète comme un message de bas niveau - par exemple, instruction de se diriger vers la droite - ou de haut niveau (type morse), et peut, le cas échéant, répondre à l'autre individu par le même moyen.
En outre, les informations transmises peuvent ne pas être uniquement des informations spatiales : il est en effet possible de communiquer à l'individu d'autres informations : une information extérieure - telle qu'un signal émis par un autre individu comme à l'exemple précédent, ou encore une grandeur physique mesurée dans l'environnement de l'individu. A titre d'illustration, on
peut reprendre l'exemple du chirurgien lors d'une intervention. En plus de l'orientation spatiale de l'outil, on peut lui transmettre des informations importantes sur le patient, telles par exemple que sa température, sa pression artérielle ou encore sa fréquence cardiaque. A cet effet, le patient est équipé des capteurs adéquats, qui mesurent les grandeurs souhaitées et les transmettent à une unité de traitement. L'unité de traitement affecte la mesure à une plage de valeurs prédéterminée, associée à un ou plusieurs stimulateurs situés dans la bouche du chirurgien. Par exemple, si l'on souhaite transmettre au moyen d'une série de 3 stimulateurs l'information sur la température du patient, on définit 3 plages de température : une basse, une moyenne et une haute. Les 3 stimulateurs sont placés par exemple l'un au-dessus de l'autre en contact avec l'intérieur de la joue du chirurgien, et, en fonction de celui qui le stimule, le chirurgien sait si la température du patient est normale ou si elle augmente de manière inquiétante.
Le dispositif conforme à l'invention présente donc un encombrement beaucoup moins important que les dispositifs connus et est disposé dans des régions de la cavité buccale où il est moins susceptible de perturber les fonctions buccales telles que la parole ou la déglutition. De plus, il permet de transmettre à l'individu des informations plus denses et plus complexes que ne le permettent les dispositifs existants, et ce, sans recourir à un transcodage.
Enfin, comme on l'a vu, la mise en œuvre de l'invention peut se faire de manières très diverses, et les exemples décrits plus hauts ne sont en aucun cas limitatifs.